Imber. — Virgile, Géorgiques
20/i ŒUVRES CHOISIES DE RONSARD.
de légitimes et naturels enfans. Tu dois davantage, lecteur, illustrer ton œuvre de paroles recherchées et choisies et d'argumens renforcez tantost par fables, tantost par quelques vieilles histoires, pourveu qu'elles soient briefvement escrites et de peu de discours, l'enrichissant d'epithetes significatifs et non oisifs, c'est à dire qui servent à la substances des vers, et par excellentes, et toutefois rares, sentences. Car, si les sentences sont trop fréquentes en ton œuvre héroïque, tu le rendras monstrueux, comme si tout ton corps n'estoit composé que d'yeux et non d'autres membres, qui servent beaucoup au commerce de nostre vie; si ce n'estoit en la tragédie et comédie, lesquelles sont du tout didascaliques et enseignantes, et qu'il faut qu'en peu de paroles elles enseignent beaucoup, comme mirouers de la vie humaine, d'autant qu'elles sont bornées et limitées de peu d'espace, c'est à dire d'un jour entier.
Les plus excellens maistres de ce mestier les commencent d'une minuict à l'autre, et non du poinct du jour au soleil couchant, pour avoir plus d'estendue et de longueur de temps.
Le poëme héroïque, qui est tout guerrier, comprend seulement les actions d'une année entière, et semble que Virgile y ait failly, selon que luy-mesme l'escrit :
Annuus exactis completur mensibus orbis, Ex quo reliquias divinique ossa parentis Condidimits terrse * .
Il y avoit desjà un an passé quand il fît les jeux funèbres de son père en Sicile, et toutefois il n'aborda de long temps après en Italie.
Tous ceux qui escrivent en carmes^, tant doctes