Arboriste. — La Fontaine a dit encore
« Tu veux faire ici l'arborisle Et ne fus jamais que boucher. »
On dit aujourd'hui : herboriste.
mie]^ delibe ' et succe toutes fleurs, puis eii fait du miel et son profit selon qu'il vient à propos/ll a pour maxime tres-necessaire en son art de ne suivre jamais pas à pas la vérité, mais la vraysemblance et le possible; et sur le possible, et sur ce qui se peut faire, il bastit son ouvi:age, laissant la véritable narration aux bistoriographes j qui poursuivent de fil en aiguille, comme on dit en proverbe, leur subject entrepris, du jpremier commencement jusques à la fin. Au contraire,ye poëte bien adviso, plein de laborieuse industrie, commence son (jL'uvre par le milieu de l'argument, et quelquefois par la fin; puis il déduit et poursuit si bien son argument par le particulier accident et événement de la matière qu'il s'est propose d'escrire, tantost par personnages parlans les uns aux autres, tantost par songes, prophéties et peintures insérées contre le dos d'une muraille et des harnois, et principalement des boucliers, ou par les dernières paroles des hommes qui meurent, ou par augures et vol d'oiseaux et phantasliques visions de Dieux et de démons, ou monstrueux langages des chevaux navrez^ à mort : tellement que le dernier acte de l'ouvrage se cole, se lie et s'enchaisne si bien et si à propos l'un dedans l'autre, que la fin se rapporte dextrement et artificiellement au premier poinct de l'argumeni. Telles façons d'escrire, et tel art plus divin que humain est particulier aux poêles, lequel de prime l'ace est caché au lecteur, s'il n'a l'esprit bien rusé pour comprendre un tel artifice. Plusieurs croyent que le poëte et l'historien soient d'un mesme mestier; mais ils se trompent beaucoup, car ce sont divers artisans, qui n'ont rien de commun l'un avecques l'autre, sinon les descriptions
1. Deli/jc [\:i[\i\ : delib(ire). — Siornifii' : effleurer, goûter. (Voir Gloasnire.)
2. Navrez. — C'csl-ù-dire : blessés. AJcclit vii.'ux en co sens.
pui:face s un la f a an ci a de. mi
des choses, comme batailles, assauts, montaignes, forests et rivières, villes, assielesdecamp, stratagèmes, nombre des morts, conseils et pratiques de guerre; en cela il ne faut point que le poêle faille, non plus que l'historien. Au reste, ils n'ont rien de commun, comme j'ay dit, sinon que l'un ne l'autre ne doit jamais mentir contre la vérité de la chose, comme a failli Virgile au temps, c'est à dire en la chronique, lequel a faict Didon', fille de Belus, estre du temps d'Mnée, encore qu'elle fust cent ans devant pour le moins; mais il inventa telle ruse pour gratifier^ Auguste et le peuple romain vainqueur de Carthage, donnant par les imprécations de Didon commencement de haine et de discorde mortelle entre ces deux florissantes nations. La plus grande partie de ceux qui escrivent de nostre temps se traisnent énervez à fleur de terre, comme foibles chenilles qui n'ont encor la force de grimper aux faistes des arbres, lesquelles se contentent seulement de paistre la basse humeur de la terre, sans affecter^ la nourriture des hautes cymes, ausquelles elles ne peuvent atteindre à cause de leur imbécillité. Les autres sont trop empoulez, et presque crevez d'enflures comme hydropiques, lesquels pensent n'avoir rien fait d'excellent, s'il n'est extravagant, creux et bouffi, plein de songes monstrueux et de paroles piafées, qui ressemblent plustost à un jargon de gueux ou de Boëmiens qu'aux paroles d'un citoyen honneste et bien appris. Si tu veux démembrer
1. Didon. — Ron<;ard se trompe aussi: Didon, c'est-à-dire: la fugitive, s'appelait Elissar et était fille du roi de Tyr (Phcnicie), Mathan. A Mathiin succéda Pygmalion, frère d'Elissar. Py^tmalion ayant fait périr Sicharbaal, le mari de sa sœur, celle-ci s'enfuit de Tyr avec quelques amis et vint fonder Carthage (872 av. J.-C. la 7* année du réû;rie de Pygmalion).