Naquels. — C'est-à-dire: valefs. ÇV oir Glossaire
2. Chandelle. — C'est-à-dire ; la lumière qu'on userait à les lire.
comme les autres, s'est plus estudié à l'enflure qu'à la gravité. Car, voyans qu'ils ne pouvoient égaler la majesté de Virgile, se sont tournés à l'enflure et à je ne scay quelle poincte et argulie monstrueuse, estimans les vers estre les plus beaux ceux qui avoient le visage plus fardé de telle curiosité. Il ne faut sesmerveiller, si j'estime Virgile plus excellent et plus rond, plus sorré et plus parfait que tous les autres, soit que dés ma jeunesse mon régent me le lisoit à l'école, soit que depuis je me sois fait une idée de ses conceptions en mon esprit, portant tousjours son livre en la main, ou soit que, l'ayant appris par cœur dés mon enfance, je ne le puisse oublier.
Au reste, lecteur, je te veux bien advertir que le bon poëte jette tousjours le fondement de son ouvrage sur quelques vieilles annales du temps passé, ou renommée invétérée, laquelle a gagné crédit au cerveau des hommes*. Comme Virgile, sur la commune renommée qu'un certain Troyen nommé ^Enée, chanté par Homère, est venu aux bords Laviniens, luy, ses navires et son fils, où depuis Rome fut bastie, encores que ledit Mnée ne vinst jamais en Italie : mais il n'estoit pas impossible qu'il n'y peust venir. Sur telle opinion desjà resceue du peuple, il bastit son livre de Vj4£néide. Homère auparavant luy en avoit fait de mesme, lequel fondé sur quelque vieil conte de son temps de la belle Heleine et de l'armée des Grecs à Troye, comme nous faisons des contes de Lancelot, de Tristan, de Gauvain et d'Artus, fonda làdessus son Iliade. Car les propres noms des capitaines et soldats troyens qui parloyent phrygien, et non grec, et avoient les noms de leurs nations, monstrent bien comme évidemment ce n'est qu'une fiction de toute
1. Ronsard prononce en quelque sorte sa propre condamnation en posant une règle qu'il a si mal observée dans sa Francî'arfe.fN.)
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l'Iliade, et non vérité : comme de Hector, Priam, Polydamas, Antenor, Deïphobus, Gassandre, Helenus, et presque tous les autres forgez au plaisir d'Homère.
Or, imitant ces deux lumières de poësie, fondé et appuyé sur nos vieilles Annales, j'ay basty ma Franciade^ sans me soucier si cela est vray ou non, ou si nos roys sont Troyens ou Germains, Scythes ou Arabes ; si Francus est venu en France ou non : car il y pouvait venir, me servant du possible, et non de la vérité. C'est le fait d'un historiographe d'esplucher toutes ces considérations, et non aux poètes, qui ne cherchent que le possible : puis d'une petite scintille' font naistre un grand brasier, et d'une petite cassine- font un magnifique palais, qu''ils enrichissent, dorent et embellissent par le dehors de marbre, jaspe et porphire, de guillochis, ovalles, frontispices et piedsdestals ^, frises et chapiteaux , et par dedans de tableaux, tapisseries eslevées et bossées d'or et d'argent, et le dedans des tableaux cizelez et burinez, raboteux et difficiles à tenir es mains, à cause de la rude engravure des personnages qui semblent vivre dedans. Après ils adjoustent vergers et jardins, compartimens et larges allées, selon que les poètes ont un bon esprit naturel et bien versé en toutes sciences, et dignes de leur mestier : car la plus part ne font rien qui vaille, semblables à ces apprentifs qui ne sçavent que broyer les couleurs et non pas peindre. Souvienne-toy, lecteur, de ne laisser passer sous silence l'histoire ny la fable appartenant à la matière, et la nature, force et proprietez des arbres, fleurs, plantes et racines, principalement si elles sont anoblies de quelques vertus non vulgaires, et
1. SidntUle {\a^.ïïï•. scintilla). — Signifie: étincelle. (Voir Glossaire.)
2. Cassine, diminutif du substantif case (latin : casa). — Signifie : petite maison.