‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 229 sur 462 · Virgile, Enéide, IX · texte numérisé non relu

Virgile, Enéide, IX

jambent l'un sur l'autre n'estoient pas bons en nostre poësie : toutefois j'ay cognu depuis le contraire par la lecture des aulheurs grecs et romains, comme :

Laviniaqiie renit Littoral .

J'aurois aussi pensé que les mots fînissans par voyelles et diphthongues, et rencontrans après un autre vocable commençant par une voyelle ou diphthongue, rendoient le vers rude : j'ay appris d'Homère et de Virgile que cela n'estoit point mal-seant, comme, sub Ilio alto, lonio in magno. Homère en est tout plein. Je m'asseure que les envieux caqueteront de quoy j'allègue Virgile plus souvent qu'Homère, qui estoit son maistre et son patron; mais je Pay fait tout exprès, sçachant bien que nos François ont plus de cognoissance de Virgile que d'Homère et d'autres autheurs grecs. Je suis d'advis de permettre quelque licence à nos poètes françois, pourvu qu'elle soit rarement prise. De là sont venues tant de belles figures que les poètes en leur fureur ^ ont trouvées, franchissant la loy de grammaire, que depuis les orateurs de sens rassis ont illustrées, et leur ont quasi baillé cours et crédit, faisans leur profit de la folie d'autruy. Quant aux comparaisons, dont j'ay parlé au commencement assez briefvement, tu les chercheras des artisans de fer et des veneurs^, comme Homère, pescheurs, archi-

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