‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 25 sur 462 · La Poésie française au xvi" siècle, p · texte numérisé non relu

La Poésie française au xvi" siècle, p

XLii L'OEUVRE DE RONSARD

de SCS contemporains, fut la noblesse, la gravité et l'éclat d langage : c'est par ce niérile qu'on l'égalait unanimement aux anciensy'et il en reste encore chez lui de vives traces pour le lecteur de nos jours : bien des fois sa période nous paraît arrondie, harmonieuse, et sa pensée revêt de fières ou brillantes images. Trop souvent, il est vrai, dans ses morceaux épiques et lyriques les plus soutenus, une métaphore triviale ou burlesque fait grimacer ce style qui veut être sérieux, » Que dire de la perruque bien peignée d'Hélène? (voir plus loin, p. 123.) Ailleurs c'est une anomalie, une confusion des choses et des temps qui aujourd'hui fait sourire. Ronsard est d'une exactitude minutieuse dans les descriptions; il n'oublie rien; chaque chose est décrite; seulement pour lui la couleur locale n'existe pas. Dans la Franciade, il arme les guerriers de Phovère, l'adversaire de Francus, à la moderne et se sert pour désigner leurs armes des termes de son temps. \

Dans ce poème surtout, le style semble être une sorte de i mosaïque dont les divers éléments sont agencés d'une façon ■. tout à fait disparate : les termes de la chevalerie, du moyen ■■ âge, de la mythologie se heurtent pêle-mêle. Dans l'Élégie XIX, l'opinion d'Ovide est mêlée à celle de Salomon, puis vient saint Jean Chrysostome avec Pline l'Ancien et Lucrèce.

Ce n'est pas qu il n'ait senti son impuissance à s'élever jusqu'au sublime, à être le poète de la haute poésie soit lyrique, soit héroiï|ue. Plus d'une fois il gémit de sa faiblesse; dans une élégie à Jacques Guérin, il s'accuse de n'être qu'un deTni-2Joète ; il envie le sort des cinq ou six privilégiés qui "1 jusque-là, sont apparus au monde. Un pareil aveu ne peut venir que du vrai talent. Mais il est tellement plein du souvenir des anciens; le désir de les imiter et de les égaler est chez lui si vif qu'il néglige toute autre ressource pouvant lui venir soit du dehors soit de son esprit pour arriver au but .tant cherché. Que n'est-il resté toujours lui-même? Que n'at-il seulement écrit dans les genres de moyenne hauteur? Il excelle dans réZf''(7«'e, dans ïodeleUe, dans la c/iflnso?i. Ici point de prétention, c'est une mélodie soutenue, ce sont de fraîches couleurs. C'est qu'il est naturel; il se contente d'être le continyateur de Marot, mais avec plus d'éclat. i

^ Les poèmes les mieux faits, les passages les plus beaux | sont ceux qui renferment le moins de mots forgés ou empruntés aux Grecs et aux Latins, le moins d'allégories, le moins d'allusions empruntées à l'antique mythologie. Alors le tour est simple, parce qu'il vient de l'esprit français, le vers

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marche avec aisance ; rien de cherché ni de forcé, et l'on constate avec plaisir que le siècle a progressé el que le ton de la poésie s'est haussé.

j C'est surtout par les elforls que Ronsard a tentés de ce côté, que son nom mérite de vivre.") C'est par là qu'il fut un des ancêtres littéraires de Malherbe, quoique celui-ci l'ait renié; par le style il est certainement un des devanciers du xvii« siècle. Les poètes de cette époque ont pu le raillerj, c'est cependant lui qui leur a tracé la route, c'est Ronsard qui, le premier, à enseigné aux poètes le rang qu'ils doivent tenir, et le ton noble et élevé qu'ils doivent mettre dans leurs poésies. Surgissent les fortes pensées, les sentiments profonds de patriotisme et de religion , et nnus^ nuunns Corneille, ftacine, Victor Hugo. .

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