‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 26 sur 462 · LA LANGUE DE RONSARD · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE RONSARD

Ronsard n'est point le pédant (^récaniseur dont Boileau s'est roûijué sansXavoir lu; il n'est point le poète,

Dont k muse en français parla grec et latin.

Ce. reproche qui est devenu presque proverbial et que Fénelon lui adressait encore en 1714, dans le cinquième chapitre de sa Lettre^ à VA.ca(^miejf^es[^irnménté. Il repose sur une confusion d'idées. .■ Ronsard, comme on peut le constater par la lecture attentive de ses œuvres, a introduit dans la poésie toute la mythologie grecque, tous les dieux latins. Son imagination débordait des souvenirs de la Grèce et de Rome : il les a répandus , avec une profusion souvent peu judicieuse, dans les sujets les plus divers, ) mais c'est dans sa langue maternelle qu'il s'exprimait; il l'aimait avec passion el il a combattu sur tous les tons pour l'originalité du français. Dans sa préface de la Franciacle, il recommande d'user seulement du langage commun. Si l'on invente des vocables nouveaux, il faut qu'ils soient moulez et façonnez sus un patron desja receu du peuple. (Voir plus loin, p. 220.) Il emprunte aux vieux romans français, aux patois

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picard, wallon, manceau, lyonnais, limousin, ainsi qu'aux divers arts et métiers, à la vénerie, à la fauconnerie, à la marine, à l'orfèvrerie, etc. ; il prend sans hésiter tous les termes qui lui" semblent de bon aloi et d'accord avec H, Estienne', il engage tous les poètes à suivre son exemple, soit dans sa préface de la Franciade, soit dans son Art poétique-.Si le xvii" siècle avait mieux connu ses origines, il n'eût certes "^as blâmé Ronsard d'avoir restauré tant de vieux mots, et il eût été plus indulgent pour les mots nouveaux qu'il chercha à importer chez nous. Plein de la lecture des auteurs grecs surtout, notre poète essaya de former soit des substantifs, soit des adjectifs comme en faisaient Homère etPindare, mais le génie de notre langue s'opposait aune pareille tentative, il ne l'a pas poussée bien loin et l'on peut compter les mots qu'il a ainsi composés; M. Francis Meunier en a donné une liste à peu près complète dans son livre des Composes''', (p. 121 et suiv.). Pour les mots tirés du grec, ce sont pour la plupart des épithétes tirées de noms propres et francisées, comme Tymbrean, Pimplean, Dircean, Cyrrhéan, etc. (Voir le Glossaire, à la fin du volume, où sont indiqués les mots anciens restaurés et les mots forgés par Ronsard.)

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