Enroi'. — Signifie : même alors, en ce cas
D. liembuif. — Devin et astrologue célèbre du xvi" sièclei
nocAiii-: Royal. 207
Je lui respons ainsi : « Je suis de Vendomois ; Je n'ay jamais servi autres maistres que rois, J'ay longtemps voyagé en ma tendre jeunesse, Désireux de louange, ennemi de paresse.
A la fin Apollon et ses Sœurs volontiers En l'antre Thespien' m'apprindrent leurs mestiers, A bien faire des vers, à bien poulcer- la lyre. A sçavoir fredonner, à sravoir dessus dire Les louanges des rois, et en mille façons A sçavoir marier les cordes aux chansons ; Ils me firent dormir en leur grotte secrette, Me lavèrent trois fois et me firent poëte ; M enflamerent l'esprit de furieuse ardeur, Et m'emplirent le cœur d'audace et de grandeur.
Lors je n'eus pour sujet les vulgaires personnes, Mais, hardy, je me pris aux rois porte-couronnep. 0 docte roy François, si tu eusses vescu, Le sort qui m'a donté ne m'eust jamais vaincu. Je celebray Henry ^ et ses œuvres guerrières. Voire * en tant de façons et en tant de manières, Que les plus nobles preux qui vivent aujourd'huy Piir l'encre ne sont pas tant célébrez que luy. (Jue mo vaudroit icy ses louanges redire. Puis qu'en mille papiers un chacun les peut lire?
Apres je celebray en mille chants divers La royne son espouse"', honneur de l'univers,
1. Thespien. — C'est-à-din! : de Tliespie, ville de Béotie, au pied de IHélicon où les iMuses étaient honorées d'un culte partilulleret qu'on appelait, pour cette raison, Thespiades .
2. Poulcer (latin ; pulsare). — Signifie : pousser, faire vibrer...; • lis .atin primitif. Cf. Virgile :
M Jamque eadem dit/itis,jam pectine puisât ebumo. >■
(Enéide, liv. VI, v. 647.) 1. Henry. — C'est le roi Henri IL '». Voire. — Signifie : etm^me. Adverbe disparu. ■>. Espouse. — C'est la reine Catherine de Médici.-* ,
Et fis de tous costez aux nations estranges ' Par le vol de ma plume espandre ses louanges. Je chantay la grandeur de ses nobles ayeux, Et, de terre élevez, je les mis dans les cieux...
Mais ainsi que Vesper^, la cyprienne estoile, De plus larges esclairs illumine le voile De la nuit ténébreuse^, et sur tous les flambeaux Dont le ciel est ardant les siens sont les plus beaux, Ainsi et la vertu, la grâce et le mérite De la sainte et divine et chaste Marguerite. Fille du roi François et la sceur de Henry ^ Et du duc d'Orléans^ qui jeune m'a nourry '', Me semblèrent aux yeux sur les autres reluire. Pour ce''' je la choisis le sujet de ma lyre...
Tousjours en sa faveur, soit hyver, soit au temps De la chaude moisson, puisse naistre un printemps Sur les monts de Savoye', et quelque part qu'elle aille, Tousjours dessous ses pieds un pré de tleurs s'esmaillc, Dedans sa bouche naisse une manne de miel. Et luy soit pour jamais favorable le ciel!...