‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 288 sur 462 · LE VERRE A JEAN BRINON · texte numérisé non relu

LE VERRE A JEAN BRINON

Conseiller en parlement et poète.

Ceux que la Muse aimera mieux que moy (Comme un Daurat) d'un vers digne de toy

l'âge de l'ambition, n'est pas aussi propre aux chants et à l'enthousiasme que l'âge des illusions premières. .Mais on avance, bientôt on est hors du tourbillon, et le but apparaît, lointain d'abord, mais toujours grandissant, et de plus en plus triste et sombre. Si l'on vient en même temps à regarder derrière soi. Ion retrouve à l'autre extrémité de l'arène, par delà les nuages de poussière et sous les rayons du soleil couchant, les souvenirs dorés et les scènes riantes d'autrefois : c'est alors qu'on reprend sa lyre, moins folâtre et moins brillante peut-être, mais plus grave, plus religieuse et plus tendre. Il semble que Lamartine ait voulu répondre à Ronsard quand il a dit :

L'oiseau qui charme le bocage,

Hélas ! ne chante pas toujours : ►

A midi caché sous l'ombrage,

11 n'enchante de son ramage

Que l'aube et le déclin des jour?.

Peut-être à moi, lyre chérie, Tu reviendras dans l'avenir, Quand de songes divins suivie La mort approche, et que la vie S'éloigne comme un souvenir.

Dans cette seconde jeunesse Qu'un doux oubli rend aux humains.

Souvent l'homme dans sa tristesse Sur toi se penche et te caresse.

Et tu résonnes sous ses -mains.

Ce vent qui sur nos âmes passe Souffle à l'aurore ou souffle tard ; 11 aime à jouer avec grâce Dans les cheveux qu'un myrte enlace Ou dans la barbe du vieillard... »

(Sainte-Beuve.)

1. Drinon. — Brinon avait fait présent à Ronsard d'un beau verre le premier jour de l'an. J. A. Baïf adressa aussi des vers au même personnage [Les jeitx, Mit. R. de Fouquières, p. 201).

HOCAGE ROYAL. 281

Feront sçavoir aux nations lointaines De tes vertus les louanges hautaines. Quant est de moy, je n'oseroy, Brinon, Sur mon espaule élever ton renom.

Pour engarder ' que la mort ne l'enterre Il me suffit si l'honneur d'un seul verre, Lequel tu m'as pour estraines donné, Est dignement en mes vers blasonné^.

0 gentil verre ! oseroy-je bien dire Combien je t'aime et combien je t'admire? Tu es heureux, et phis heureux celuy Qui t'inventa pour noyer noslre ennuy...

Non, ce n'est moy qui blasme Promethée D'avoir la flame à Jupiter oslée.

Il fîst très-bien^ : sans le larcin du feu. Verre gentil, jamais on ne t'eust veu*, Et seulement pour nos vieilles sorcières Dans les forests eussent creu les fougères. Aussi vrayment que c'estoit la raison Qu'un feu venant de si noble maison Comme est le ciel fust la cause première, Verre gentil, de te mettre en lumière, Toy retenant comme celestieP Le rond, le creux et la couleur du ciel !

Toy, dy-je, toy, le joyau délectable Qui sers les dieux et les roys à la table,

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