‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 301 sur 462 · MARGOT · texte numérisé non relu

MARGOT

Je mettray pour celuy qui gaignera le prix Un merle qu'à la glus en nos forests je pris ; Puis vous diray comment je l'enfermay en cage Et luy fis oublier son naturel ramage.

Un jour en l'escoutant siffler dedans ce bois J'en plaisir de son vol et plaisir de sa vois, Et de sa robbe noire, et de son bec qui semble Estre peint de safran, tant jaune il luy ressemble; Et pour ce j'espiay Tendroit où il buvoit. Quand au plus chaud du jour ses plumes il lavoit.

Or en semant le bord de vergettes gluées. L'une assez près de l'autre en ordre situées.

Je me cachay sous Therbe au pied d'un arbrisseau, Attendant' que la soif ameneroit l'oiseau.

Aussi tost que le chaud eut la terre enflamée, Et que les bois fueilluz hérissez de ramée N'empeschoient que l'ardeur des rayons les plus chaux* Ne vinssent altérer le cœur des animaux, Ce merle, ouvrant la gorge et laissant l'aile pendre, Matté d'ardante soif, en volant vint descendre Dessur le bord glué, et comme il allongeoit Le col pour s'abreuver (pauvret qui ne songeoit Qu'à prendre son plaisir!) se veit outre coustume Engluer tout le col et puis toute la plume, Si bien qu'il ne faisoit, en lieu de s'en-voler, Sinon à petits bonds sur le bord sauteler.

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