PROLOGUE
Les Hymnes sont des Grecs invention première : Gallimaque beaucoup leur donna de lumière, De splendeur, d'ornement. Bons Dieux! quelle douceur, ^uel intime plaisir sent-on autour du cœur
1. Hymnes. — Les Hymnes s»; divisent en deux livres : le I*^"" qui 16 compose d'un prologue et de 10 hymnes fut publié en lo.ï'i et lédié au cardinal de Chastillon ; le 11'=, comprenant 3 hymnes, parut !n 1556 et fut dédié à Marguerite de France, duchesse de Berry. jG recueil des hymnes retranchées en contient 6.
« Les hymnes de Ronsard furent composés à limitation d'Honère, d'Orphée et surtout de Callimaque. La mythologie la plus ;avante, des allégories astronomiques perpétuelles, un mélange ;onfus de platonisme et de christianisme, font pour nous de ces joèmes, si admirés en leur temps, une lecture presque inintelliîible et parfaitement ennuyeuse. Ronsard a essayé de consacrer ;e genre païen aux saints de l'Église; il a célébré saint Biaise et laint Roch, mais l'essai n'a pas été heureux. « (Sainte-Beuve.)
Enfin le poète est souvent trop long, trop diffus. Je vais donner seulement quelques fragments.
Quand on lit sa Delos, ou quand sa lyre sonne Apollon et sa sœur, les jumeaux de Latone, Ou les Bains de Pallas, Gères, ou Jupiter ! Ah ! les chrestiens devroient les gentils imiter A couvrir de beaux liz et de roses leurs testes, Et chommer tous les ans, à certains jours de feste?. La mémoire et les faits de nos Saincts immortels, Et chanter tout le jour autour de leurs autels ; Vendre au peuple dévot pain d'espiceset foaces*, Défoncer les tonneaux, fester les dédicaces. Les hautbois enrouez sonner branles nouveaux, Les villageois my-bœufs danser sous les ormeaux-.
Tout ainsi que David sautoit autour de l'arche, Sauter devant l'image, et d'un pied qui démarche^, Sous le son du cornet, se tenant par les mains, Solenniser la fèste en Thonneur de nos saincts.
L'âge d'or reviendroit : les vers et les poètes. Chantant de leurs patrons les louanges parfaites, Chacun à qui mieux-mieux le sien voudroit vanter: Lors que le ciel s'ouvriroit pour nous ouyr chanter.
Eux, voyans leur mémoire ici renouvelée, Garderoient nos troupeaux de tac et clavelée*. Nous de peste et famine : et conservant nos murs, Nos peuples et nos roys, l'envoiroient chez les Turs, Ou loin sur le Tartare, ou aux pays estranges" Qui ne cognoissentDieu, ses saints, ny leurs louanges*^. ;
\ . Foaces. — Ce sont des espèces de gâteaux qu'a souvent célébrés Rabelais : « Manger sa fouace sans pain. » 2. OiTneauXi
« Det motus incompositos et carmina dicat, » (Virgile, Georg. 1, 350.)
S. Démarche. — Signifie : s'avancer (en générai). Ce verbe, disparu de l«i langue} semble signifier ici : aller, danser, au son du cornet.
hymne' de HENRI II
Le bûcheron qui serre en sa main la coignée, Entré dedans un bois pour faire sa journée, Ne sçait où commencer : ici le tronc d'un pin Se présente à l'ouvrier, là celuy d'un sapin ; Ici du coin de l'œil marque le pied d'un chesne, Là celuy d'unfouteau, ici celuy d'un fresne. A la fin tout pensif, de toutes parts cherchant* Lequel il coupera, tourne le fer trenchant Sur le pied d'un ormeau et par terre le rue Pour en faire une nef ou faire une charrue.
Ainsi tenant es main le luth bien appresté, Entré dans ton palais, devant ta Majesté, Je doute, tout pensif, quelle vertu première De mille que tu as sera mise en lumière : Tes vertus, tes grandeurs, ta justice et ta foy, Ta bonté, ta pitié d'un coup s'offrent à moy, Ta vaillance au combat, au conseil ta prudence ; Ainsi je reste pauvre, et le trop d'abondance
4. Clavelée. — Tac et clavelée sont termes de maladies dont sont souvent atteints les troupeaux.