Trac, — Aujourd'hui : la trace, le chemin
Ainsi que l'Ascréan' qui gravement sonna Quand l'une des neuf Sœurs du laurier luy donna.
Or je ne fu trompé de^ ma jeune entreprise; Car la gentille Euterpe^, ayant ma dextre prise, Pour m'oster le mortel * par neuf fois me lava De l'eau d'une fontaine où peu de monde va, Me charma par neuf fois, puis d'une bouche enflée (Ayant dessus mon chef son haleine souflée) Me hérissa le poil de crainte et de fureur. Et me remplit le cœur d'ingénieuse erreur^. En me disant ainsi : « Puis que tu veux nous suivre, Heureux après la mort nous te ferons revivre Par longue renommée, et ton los" ennobli Accablé du tombeau n'ira point en oubli.
« Tu seras du vulgaire appelle frénétique, Insensé, furieux, farouche, fantastique.
Maussade, mal-plaisant : car le peuple mesdit De celuy qui de mœurs aux siennes contredit'.
« Mais courage, [{onsard, les plus doctes poètes, Les sibylles, devins, augures et prophètes, Huez, siflez, moquez des peuples ont esté; Et toutefois, Ronsard, ils disoient vérité.
« N'espère d'amasser de grands biens en ce monde. ; Une forest, un pré, une montagne, une onde Sera ton héritage, et seras plus heureux, Que ceux qui vont cachant tant de trésors chez eux ». . ;
1. Ascrean. — C'est Hésiode, le poète grec des Jours et des nuits, né à Ascra, en Béolie. :