Édit. P. Blanchemin, t. V, p
Il prédit toute chose avant qu'elle soit faite, Il cognoist la nature et les secrets des cieux*, Et d'un esprit bouillant s'eleve entre les dieux ^.
Il cognoist la vertu des herbes et des pierres, Il enferme les vents, il charme les tonnerres ; Sciences que le peuple admire, et ne sçait pas Que Dieu les va donnant aux hommes d'icy bas, Quand ils ont de l'humain les âmes séparées Et qu'à telle fureur elles sont préparées...
Je n'avois pas quinze ans que les monts et lesbois Et les eaux me plaisoient plus que la cour des rois, Et les noires forests espaisses de ramées Et du bec des oiseaux les roches entamées : Une valée, un antre en horreur obscurci, Un désert effroyable estoit tout mon souci ; A fin de voir au soir les nymphes et les fées Danser dessous la lune en cotte par les prées^ (Fantastique d'esprit), et de voir les Sylvains Estre boucs par les pieds et hommes par les mains, Et porter sur le front des cornes en la sorte Qu'un petit aignelet de quatre mois les porte.
J'allois après la dance, et craintif je pressois Mes pas dedans le trac* des nymphes, et pensois Que pour mètre mon pied en leur trace poudreuse J'aurois incontinent l'ame plus généreuse;