Blasonner. — Signifie : blâmer, critiquer, sens perdu
«... mais quoy qu'on en blasonne... •>
(Cl. Marol, édit. Voizard, p. 29o)
Dans les Églogues, Ronsard a^ employé ce verbe dans un sens tout à fait opposé.
DISCOUUS. 401
Pour un pauvre accident que Dieu me veut donner. Nouvel evangeliste, insensé, plein d'outrage, Vray enfant de Satan, dy-moy en quel passage Tu trouves qu'un chrestien (s'il n'est bien enragé) Se doive comme toy moquer d'un affligé?...
Tu dis que je suis vieil? Encore n'aye-je atteint Trente et sept ans passez, et mon corps ne se plaint D'ans ny de maladie, et en toutes les sortes Mes nerfs sont bien tendus, et mes veines bien fortes; Et si j'ay le teint palle et le cheveu grison*. Mes membres toutesfois ne sont hors de saison.
Or cela n'est que jeu dont je ne fay que rire, Et voudrois que ce fust le plus de ton mesdire
Tu dis, en vomissant dcssur moy ta malice, Que j'ay fait d'un grand bouc à Bacchus sacrifice"^? Tu mens impudemment : cinquante gens de bien Qui estoient au banquet diront qu'il n'en est rien.
Muses, qui habitez de Parnasse la crope^ Filles de Jupiter, qui allez neuf en trope. Venez et repoussez par vos belles chansons L'injure faite à vous et à vos nourrissons.
Jodelle ayant gaigné par une voix hardie L'honneur que l'homme grec* donne à la tragédie^,
1. Grison. — Ronsard avait les cheveux gris à 30 ans; il nous l'apprend lui-môme dans une ode :
a J'ay les yeux tous balliis, la face loute |iaslc,
Le chef grison et chauve, et si je n*ai que trente ans. »
(Édit. P. Blanchemain, t. II, p. 483.;
2. Sacrifice. — Allusion aux jeux el aux ébats auxquels se livrèrent dans le village d'Arcueil, Ronsai^d et ses amis, à l'occasion du prix de tragédie remporté par Jodelle. Ils se saisirent d'un bouc rencontré dans les rues du village et en firent l'objet de leiirs plaisanteries. (Voir les Bacchanales, ou voyage d'Hercueil. (Édit. P. Blanchemain, t. VI, p. 358.)
3. Crope. — Aujourd'hui : croupe, sommet. De même trope est devenu troupe.