‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 431 sur 462 · Morions. — C'est-à-dire : les casques · texte numérisé non relu

Morions. — C'est-à-dire : les casques

u. Predicans. — Terme de dénigrement pour désigner les ministres de la Réforme.

6. Allusion aux seigneurs de Coligny, protecteurs de Ronsard. 1. Édit. F. Blanchemain, t. Vil, p. 129.

LES GAY'ETEZ

l'alouette '

Hé Dieu, que je porte d'envie Aux plaisirs de ta douce vie, Alouette, qui de l'amour Caquettes dès le poinct du jour.

Secouant en l'air la rosée Dont ta plume est toute arrousée !

Devant que Phœbus soit levé, Tu enlevés ton corps lavé Pour l'essuyer près de la nue.

Trémoussant d'une aile menue; Et te sourdant à petits bons.

Tu dis en l'air de si doux sons Composez de ta tirelire, Qu'il n'est amant qui ne désire, T'oyant chanter au Renouveau, Gomme toy devenir oiseau.

1. « CeUe Alouette de Ronsard est un petit chef-d'œuvre qui vaut la Cigale dAnacrAon. Comme le poète nous peint le vol de ce gentil oiseau qui secoue la rosée dès l'aube, et, s'envolant droit en haut, va s'essuyer près de la nue! La descente de l'alouette, comparée à la chute d'une fusée, offre une image aussi fidèle que gracieuse; et la jeune fille, dont le front penche sous le sommeil ou se détourne soudain à la vue de l'amant aimé, est un épisode d'un effet délicieux. » (Sainte-Beuve.)

CeUe pièce et la suivante font partie des poésies intitulées : LES GAiETEz ET LES ÉPioRAMMES de P. de Ronsurd. Elles sont dédiées à Jean-Anthoine de Baïf.

Quand ton chant t'a bien amusée, Tu tombes, comme une fusée Qu'une jeune pucelle au soir De sa quenouille laisse choir, Quand au fouyer elle sommeille, Frappant son sein de son aureille; Ou bien quand en filant le jour Voit celuy qui luy fait l'amour Venir près d'elle à l'impourveue, De honte elle abbaisse la veue, Et son tors* fuseau délié Loin de sa main roule à son pié.

Ainsi tu roules, alouette, Ma doucelette mignonnette, Qui plus qu'un rossignol me plais Qui chante en un boccage espais.

Tu vis sans offenser personne; Ton bec innocent ne moissonne Le froment, commme ces oiseaux Qui font aux hommes mille maux, Soit que le bled rongent en herbe, Ou soit qu'ils l'egrainent en gerbe :

Mais tu vis par les sillons vers De petits fourmis* et de vers.

Ou d'une mouche ou d'une achée Tu portes aux tiens la bêchée, A tes fils non encor allez.

D'un blond duvet emmantelez^ A grand tort * les fables des poëtes

1. Tors. — Signiâe : tordre, participe disparu. (Voir Glossaire.)

2. Petits fourmis. — Le substantif fourmi était masculin dans l'ancienne langue; au xvi« siècle, il est des deux genres. Ronsard, comme Montaigne, le fait le plus souvent masculin.

3. Emmentelez. — Signifie : enveloppez ; \ieux. (Voir Glossaire.)

4. A grand tort les fables des poêles. — On sait que Scylla, fille

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Vous accusent vous, alouettes,

D'avoir vostre père hay

Jadis jusqu'à l'avoir trahy,

Coupant de sa teste royale

La blonde perruque fatale,

En laquelle un poil' il portoit

En qui toute sa force estoit.

Mais quoy ! vous n'estes pas seulelles

A qui la langue des poètes

A fait grand tort : dedans le bois

Le rossignol à haute vois,

Caché dessous quelque verdure,

Se plaint d'eux et leur dit injure.

Si^ fait bien l'arondelle^ aussi

Quand elle chante son cossi*:

Ne laissez pas pourtant de dire

Mieux que devant la tirelire,

Et faites crever par despit

Ces menteurs de ce qu'ils ont dit.

Ne laissez pour cela de vivre

Joyeusement, et de poursuivre

A chaque retour du printemps

Vos accoustumez passetemps :

Ainsi jamais la main pillarde

D'une pastourelle mignarde,

Parmy les sillons espiant

Vostre nouveau nid pépiant,

de Nisus et amoureuse de Minos, coupa le cheveu d'or auquel était attachée la fortune de sou père, pour complaire à son amant, et fut métamorphosée en alouette.

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