‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 438 sur 462 · DE FRANÇOIS RABELAIS · texte numérisé non relu

DE FRANÇOIS RABELAIS

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Si d'un mort qui pourri repose Nature engendre quelque chose, Et si la génération Est faicte de corruption, Une vigne prendra naissance De l'estomac et de la pance Du bon biberon qui boivoit Tousjours ce pendant qu'il vivoit.

Car d'un seul traict sa grande gueule Eust plus beu de vin toute seule (L'épuisant du nez en deux coups) Qu'un porc ne hume de laict dous, Qu'Iris de fleuves, ne qu'encore De vagues le rivage More.

Jamais le soleil ne l'a veu, Tant fust-il matin, qu'il n'eust beu, Et jamais au soir la nuict noire, Tant fust tard, ne l'a veu sans boire ; Car altéré, sans nul séjour Le galant boivoit nuict et jour.

1. C'est cette épitaphe que Bayle cilo comme injurieuse à Rabelais; mais je n'y puis voir qu'une plaisanterie, et le bon Rabelais, s'il était revenu à Meudon le jour qu'elle y fut composée entre les pots, n'aurait fait probablement qu'en rire. (Sainte-Beuve.) Cf. l'épitaphe de J. A. Baïf.

« O riuton. Hal)eliy reçoy, Afin que toy qui es le roy De ceux qui ne rient jamais, Tu ais un rieur désormais. »

{Eilit, B, de Fouquière. p. 261.)

Mais quand l'ardente canicule

Ramenoit la saison qui brûle,

Demi-nu se troussoit les bras,

Et se couclioit tout plat à bas

Sur la jonchée entre les tasses,

Et parmy des escuelles grasses

Sans nulle honte se touillant,

Alloit dans le vin barbouillant,

Comme une grenouille en la fange :

Puis yvre chantoit la louange

De son amy le bon Bacchus,

Comme sous luy furent vaincus

Les Thebains, et comme sa mère

Trop chaudement receut son père,

Qui en lieu de faire cela.

Las ! toute vive la brûla.

Il chantoit la grande massue,

Et la jument de Gargantue',

Le grand Panurge, et le pais

Des Papimanes ébahis,

Leurs loix, leurs façons et demeures.

Et frère Jean des Antoumeures,

Et d'Episteme les combas ;

Mais la Mort, qui ne boivoit pas,

Tira le beuveur de ce monde,

Et ores le fait boire en l'onde

Qui fuit trouble dans le giron

Du large fleuve d'Acheron.

Or toy, quiconque sois, qui passes.

Sur sa fosse répan des tasses,

Répan du briP et des flacons,

1. Gargantue. — C'est Gargantua. Pour tous ces mots, voir l'œuvre de Rabelais.

2. Répan du bril. — Probablement des verres, parce que le verre brille. (S.B.) Bril, breil, breiiil, hroil; ramée, branche d'arbre,

Des cervelas et des jambons :

Car si encor dessous la lame

Quelque sentiment a son ame,

Il les aime mieux, que les lis,

Tant soient-ils fraischement cueillis*.

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