‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 109 sur 116 · DE MADEMOISELLE DE L'ENCLOS A M. DE SAINT-ÉVREMOND · texte numérisé non relu

DE MADEMOISELLE DE L'ENCLOS A M. DE SAINT-ÉVREMOND

Votre lettre m'a remplie de désirs inutiles , dont je ne me croyais plus capable. « Les jours se passent , comme disait le bon homme des Yveteaux , dans l'ignorance et la paresse ; et ces jours nous détruisent et nous font perdre des choses à quoi nous sommes attachés. » Vous l'éprouvez cruellement. Vous disiez autrefois que je ne mourrais que de réflexions : je tâche à n'en plus faire , et à oublier le lendemain le jour que je vis aujourd'hui. Tout te monde me dit que j'ai moins à me plaindre du temps qu'une autre. De quelque sorte que cela soit , qui m'aurait proposé une telle vie , je me serais pendue. Cependant on tient à un vilain corps comme n un corps agréable ; on aime à sentir l'aise et le repos. L'appétit est quelque chose dont je jouis encore. Plût à Dieu de pouvoir éprouver mon estomac avec le vôtre , et parler de tous les originaux que nous avons connus , dont le souvenir me réjouit plus que la présence de beaucoup de gens que je vois ; quoiqu'il y ait du bon dans tout cela , mais , à dire

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qae vous penserez comme vous pensez. Peu de gens résistent aux années ; je crois ne m*en être pas encore laissé accabler. Je souhaiterais comme vous que madame Mazarin eût regardé la vie en elle-même, sans songer à son visage^ qui eût toujours été aimable , quand le bon sens aurait tenu la place de quelque éclat de moins. Madame Sandwich consejfvera la force de Tesprit en perdant la jeunesse ; au moins le pensé -je ainsi. Adieu, monsieur; quand vous verrez madame la comtesse de Sandwich , faites-la souvenir de moi : je serais très-fâchée d'en être oubliée*

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