‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 58 sur 116 · SAINT-AMANT · texte numérisé non relu

SAINT-AMANT

Oui ; mais je n'aime pas que monsieur de Godeau , Excepté ce qu'il fait , ne trouve rien de beau ; Qu'un fat de Chapelain aille en chaque ruelle D'un ridicule ton réciter sa Pucelle; Ou que , dur et contraint en ses vers amoureux , Il fasse un sot portrait de l'objet de ses vœux ; Que son esprit stérile et sa veine forcée Produisent de grands mots, qui n'ont sens ni pensée. Je voudrais que Gombault, TEstoile et Colletet, £n prose comme en vers eussent un peu mieux fait ;

' Né vers 1996 , à Bourg , en Bresse ; mort en 4646, secrétaire du comte d'Harcourt. On connait les vers de Boileau :

Ainsi tel autrefois qu'on vit avec Faret Ctiarl>onner de ses vers le mur d'un cabaret , etc.

334 DF.UVBfiS CHOISIES

Que des Amis rivaux ' Boisrobert ayant honte, Revînt à son talent de ûiire bien un conte. Enfin....

FARET

Vous avez tort de mépriser Godeau :

Il a Fesprit fertile , et le tour assez beau. Tout le défaut qu'il a , soit en vers soit en prose , C'est qu'en trop de façons il dit la même chose. L'Estoile fait des vers avec le cardinal > : Colletet est bon homme , et n'écrit pas trop mal ; Boisrobert est plaisant autant qu'on saurait l'être : Il s'est assez bien mis dans l'esprit de son maître ^. A tous ses madrigaux il donne un Joli tour, Et ferait des leçons aux Grecs de leur amour '*. Baudouin fait des vers au-dessous des images , Mais Davîla traduit est un de ses ouvrages ^.

Gombauid pour un châtré ne manque pas de feu

J'entends quelqu'un qui monte : arrêtons-nous un peu : Je commence à le voir, c'est l'évêque de Grasse.

< Comédie de Boisrobert.

'^ L'Estoile, Colletet, Boisrobert, étaient du nombre de ceux qui travaillaient à des pièces de théâtre par ordre dti cardinal de Richelieu , et souvent même avec lui. ( Pélisson, Histoire de V Académie française, ) Corneille et Rotrou complétaient la liste des cinq auteurs,

3 Boisrobert était alors en sa plus haute faveur auprès du cardinal de Riclielieu, et son plus grand soin était de délasser l'esprit de son maître après le bruit et l'embarras des affaires, tantôt par ses agréables contes, qu'il faisait mieux que personne du monde, tantôt en lui rapportant toutes les petites nouvelles de la cour et de la ville; et ce divertissement était si utile au cardinal, que son premier médecin , Citois, avait coutume de lui dire : « Monseigneur, nous ferons tout ce que nous pourrons pour votre santé; mais toutes nos drogues sont inutiles» si vous n'y mêlez un peu de Boisrobert. » ( PÉLISSON , Hist, de VAcad, )

* On accusait fort Boisrobert du vice de non-conformité ; témoin ces deux vers de Ménage, dans sa Requête des Dictionnaires:

Cet admirable Patelin Aimant le genre masculin.

Ainsi que te dit Pélisson , Boisrobert était né à Caen, dans la paroisse de Froide-Rue. Le témoignage de Huet,.de Halley et de Patrix ne laisse point de doute à ce sujet.

^ Davila a écrit en italien Thistoire des guerres civiles de France depuis la liiort de Henri II jusqu'à la paix de Vervins : Baudouin l'a traduite en français, et c'est le plus supporta))lc de ses ouvrages.

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