‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 60 sur 116 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SEBISAY, GODEAU, COLLETET.

SERizAT, à Godeau.

Qu'avez-vous , monseigneur, je vous vois tout ému.

GODEAU

CoUetet m'insulter! qui l'aurait jamais cru?

COLLETET

Traiter un vieil auteur avec cette infamie ! C'est affronter en moi toute l'Académie.

8ERIZAT.

Mais quelle est cette injure , et d'où vient tant de mal ?

COLLETET

« CoUetet , mon ami , vous ne faites pas mal : « Vous parlez un peu mieux qu'un homme de boutique. » £t mieux que vous , Godeau ; car, enfin , je m'explique ; £t notre directeur le saura comme vous.

SERIZAT.

Modérez, CoUetet, modérez ce courroux.

■ Même dispute avait eu lieu à Thôtel Rambouillet entre Cotin et Mé« nage, livrés plus tard (en 1672) par Molière, sous les noms de TrissoUnet de Fadiua, aux risées du parterre. L'auteur des Femmes Savantes cgomx^ sait sans aucun doute la comédie des Académiciens,

DB SAlPlT-ÉVfiEMON]). 339

Offenser ud prélat à qui Ton doit hommage , C'est d'un homme insensé faire le personnage.

COLLET ET

Je sais bien respecter Godeau comme prélat ; Mais Godeau comme auteur, je le trouve fort plat.

GODEAU

Ma colère se passe , et je veux sans murmure En prélat patient endurer cette injure.

€X)LLETET.

Moi , je veux recevoir la satisfaction Du tort qu'a pu souffrir ma réputation. Oh ! d'un humble prélat patience parfaite î 11 parle d'endurer l'injure qu'il a faite ! Pardonner à des gens que Ton a maltraités , Ce sont du bon Godeau les générosités!

GODEAU

Eh bien , cher Colletet , je ferai davantage : Vous serez reconnu pour un grand personnage. Soyons , je vous conjure , amis de bonne foi ; Et vous saurez écrire et parler mieux que moi.

œLLETET.

Ordonnez, monseigneur, ce qu'il faut que je fasse : J'ai plus failli que vous , et je demande grâce. Que partout on exalte , et partout soit chanté De ce divin prélat le Benedicite, « Oh ! l'ouvrage excellent! Oh! la pièce admirable! « Chef-d'œuvre précieux! Merveille incomparable ^ » Que partout on exalte , et partout soit chanté De ce divin prélat le Benedicite.

GODEAU

Qu'en tous lieux on exalte , et qu'en tous lieux on cliante

De notre Coll«tet la cane barbotante > :

Ces beaux vers , que le temps ne saurait effacer,

Et qu'ua grand cardinal voulut récompenser.

' CoUetet ayant porté au cardinal le Monologue des Tuileries, il s'arrêta

C'est l£cque Colletet si vivement explique Du canard amoureux la Vénus aquatique, Qu*au sens de Richelieu le roi ne pourrait pas De tout Tor du royaume en payer les appas.

SERIZAT.

Nous sommes tous contents : la discorde est finie , Et la paix régnera dans notre compagnie.

Au reste, l'heure approche où se doit terminer La réforme des mots que nous allons donner , Et par qui nous aurons là gloire sans seconde D'établir le français en tous les lieux du monde.

COLLETET

Monsieur le chancelier ne doit venir que tard.

SERIZAY.

Donc , pour un peu de temps , allons quelque autre part.

Page 1