SCÈNE I
auAPELàiM seul, faisant des vers avec un soin ridicule
et peu de génie.
Tandis que je suis seul , il faut que je compose Quelque ouvrage excellent, soit en vers, soit en prose. La prose est trop facile , et son bas naturel lN*a rien qui puisse rendre un auteur immortel ; Mais d*un sens figuré la noble allégorie Des sublimes esprits sera toujours chérie. Par son divin pouvoir nos écrits triomphants Passent de siècle en siècle et bravent tous les ans. Je quitte donc la prose et la simple nature Pour composer des vers, où règne la figure.
Qui vit jamais rien de si beau.
Il me faudra choisir pour la rime, flambeau.
Que les beaux yeux de la comtesse > ,
Je voudrais bien aussi mettre en rime , déesse :
Qui vit jamais rien de si beau Que les beaux yeux de la comtesse?
Je ne crois point qu*une déesse Nous éclairât cTun tel flambeau.
Aussi peut-on trouver une âme Qui ne sente la vivejflamme Qu'allume cet œil radieux?
Radieux me plaît fort ; un œil plein de lumière , Et qui fait sur nos coeurs l'impression première
I Les poêles du temps choisissaient une dame distinguée par sa beauté, ou par son mérite , pour l'aimer en idée. Chapelain avait pris pour obji t de ses vœux poétiques la comtesse de Vermeil
DE SÀINT-EVBEMOND. 313
D'où se forment enfln les tendresses d'amour. Radieux ! j*en veux faire un terme de la cour.
Sa clarté, qu'on voit sans seconde,
Éclairant peu à peu le monde ,
Luira même un Jour pour les dieux.
Je ne suis pas assez maître de mon génie , J'ai fait sans y penser une cacophonie : Qui me soupçonnerait d'avoir mis peu à peu ? Ce désordre me vient pour avoir trop de feu .
Qui vitjafnais rien de si beau Que les beaux yeux de la comtesse ?
Je ne crois point qu'une déesse Nous éclairât d*un tel flambeau.
Aussi peut-on trouver une âme , Qui ne sente la vive flamme.
Qu'allume cet œil radieux ?
Sa clarté, qu'on voit sans seconde , S*épand déjà sur tout le monde , Et luira bientôt pour les dieux.
Voilà ce qui s'appelle écrire avec justesse !
Et ce qui m'en plaît plus , tout est fait sans rudesse;
Car tout ouvrage fort a de la dureté
Si par un art soigneux il n'est pas ajusté.
Chacun admire en ce visage, La lumière de deux soleils :
Si la nature eût été sage , Le ciel en aurait deux pareils.
« Que voilà de beaux vers ! l'auguste poésie ! « Phœbus , éclaire encore un peu ma fantaisie ; « Divin père du jour, qui maintiens l'univers , « Donne-moi cette ardeur qui fait faire des vers. <> Ranime mes esprits , et dans mon sens rappelle « La féconde chaleur qui forma la Pucelle. • Par Fépithèle alors je me rendis fameux : « Alors le mont Ohjmpeà son pied sablvnnvuj: ;
346 GEUVBES CHOISIES
SERISAT.
Monsieur le chancelier csilmera son courroux.
BOISROBBRT.
Faut-il un chancelier pour calmer sa colère ; Godeau m'a répondu d'entreprendre l'affaire : Il doit attaquer or, que Silhon aime tant, Aussi bien que parfois, et pour ce que, et'd'autant
SILHON entre.
A dire vrai, messieurs , c'est une chose étrange : On a beau mériter honneur, gloire , louange ; Affermir tant qu'on peut l'autorité des lois ; Faire service à Dieu , travailler pour les rois ; Prescrire le devoir et du peuple et du prince ; Instruire un potentat à régler sa province ' : Il faut avoir Taffront de voir des esprits doux Gagner chez nos auteurs plus de crédit que nous.