‹ Œuvres choisies de Saint-Évremond, precédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 79 sur 116 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

Philis n'est plus ; tous ses appas Aussi bien que toutes mes larmes, Contre la rigueur du trépas, Ont été d'inutiles armes.

Ici les amours sont en deuil, Et la volupté , désolée^ Cherche à l'entour de son cercueil Où son ombre s'en est allée.

On l'entend gémir quelquefois Comme une misérable amante, Qui du triste accent de sa voix Se plaint du mal qui la tourmente.

En des lieux inconnus au jour, Loin du soleil qui nous éclaire.

Les seules peines de l'amour Font sa douleur et sa misère.

Bien loin de ces grands criminels Dont le sort est si déplorable, Bien loin de ces feux étemels Dont le ciel punit un coupable ,

Philis n'a pour toute rigueur Que le supplice de sa flamme ; Et rien qu'une triste langueur Ne consume cette belle ôme.

I On a prétendu que Manon Delorme n'était point 0M>rte à fépoque où Saint-Évremond composait ces stances. Après Tarrestation des princes, craignant d'être arrêtée elle-même, elle aurait fait répandre le bruit de sa mort, afin de fuir plus aisément Après une série d'aventures romanesques elle serait morte, selon quelques historiens, en 1706 ; selon d'autres, elle aurait prolongé son existence jusqu'en 1741 , et vécu par conséquent cent trente-quatre ans.

DE SAINT-ÉYBEMOND. 367

Tantdt elle veut retenir L'image des choses passées, Et le plus tendre souvenir Entretient ses molles pensées.

Tantôt, excitant ses désirs. Son âme, encor voluptueuse.

Qui soupire après les plaisirs^ S'attache à quelque ombre amoureuse.

Dans ses inutiles desseins,.

Elle va chercher une bouche, Elle pense trouver des mains.

Et ne trouve rien qui la touche.

L'esprit veut imiter le corps.

Et parmi ces faux exercices, Les désirs qui sont ses efforts Aspirent enfin aux délices. ^ ,«

Cependant il aime toujours, Son soin est de se satisfaire , Et la rigueur de ses amours De vouloir et de ne rien faire.

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