STANCES IRRÉGULIÈRES
On peut aimer toute sa vie.
Et si l'âme à l'amour n'est pas trop asservie,
Le plus sévère jugement Ne saurait condamner un si doux sentiment.
D'abord c'est une pure estime.
Qu'insensiblement on anime
■ Gonno d'abord soos le nom de chevalier de Grammont. Il accomi^gna Louis xiv dans la conquête de ia Franche Comté et de ia Hollande;.
368 CEUVBES CHOISIES
Avec un peu plus de chaleur; I>ïous disons mille biens d'un objet qui nous touche, Et le charme secret qui nous gagne le cœur Nous met incessamment le mérite à la bouche.
Cette estime est bientôt une tendre amitié,
Cette amitié devient une amoureuse peine ;
C'est un tourment qui plaît, c'est un bien qui nous gêne.
Et qui veut comme un mal exciter la pitié.
Jamais tel sentiment ne fut une faiblesse ; Mais un air trop galant sied mal sur le retour : De tous ceux que j'ai vus toucher à la vieillesse» Un comte de Grammont peut seul faire Taniour.
Ce n'est point pour lui, destinées,
Que vous avez réglé les temps ;
Son automne est un vrai printemps.
Et son air fait honte aux années.
Toujours errant, et jamais étranger, De cour en cour il poursuit quelque belle,
Agréable et jamais fidèle.
Il mourra plutôt que changer.
Puisset-il chaque été, pour le bien de la France Régler nos maréchaux sur Tordre d'un combat,
Et ai bientôt on ne se bat.
Reporter à l'amour son autre expérienoe.
Courtray, Mardik, Arras, et dix sièges fameux Par mille et mille fiméraillcs , Vingt rencontres et sept batailles Doivent contenter nos neveux.
mais il se rendit plus célèbre par son esprit et sa galanterie que par ks exploits militaires. 11 avait épousé la sœur du comte Hamilton» qui a laissé soàs le titre de Mémoires du comte de Grammont une satire piquante de son caractérre. U monrut en 1707.
DE SAINT-ÉVBEMOND. 369
Qui du Rhin orgueilleux vit les rives soumises, Qui vit les durs combats de Nortlingae et Fribourg, Aurait pu méditer de belles entreprises Pour le secours de Philisbourg '.
Mais le goût des plaisirs l'emporte sur la gloire : Comte, nous nous devons Tusage de nos jours ; On a peu d'intérêt à servir sa mémoire, Puisque c'est pour autrui qu'elle dure toujours.
Que sert à nos héros de la rendre immortelle, Si l'on est mort en soi lorsque l'on vit en elle? L'avenir te regarde autant pour le moins qu'eux :
Mais pour cet avenir fâcheux
Il doit te coûter une vie ,
Si rare et si digne d'envie.
Que celui qui jadis vit tout sous le soleil
Ne vit jamais rien de pareil.
Ce grand sage, avec ses proverbes,
Avec sa connaissance d'herbes
£t le reste de ses talents, Sans biens, comme tu vis, n'eût pas vécu deux ans.
Il eut jusqu'à huit cents maîtresses.
Et n'en eut jamais tant que toi ; Il eut de l'Orient les plus grandes richesses, Mais il pilla sa reine, et tu donnes au roi.
11 est vrai qu'il a l'avantage D'être appelé toujours le Sage, Lorsqu'un prêcheur dans son sermon Veut faire entendre Salomon; Mais on dort à ses paraboles, £t chacun, réjoui de tes moindres paroles, Redit après Saint-'Évremond : Il n'est qu'un comte de Grammont.
' Pliitisbourg fat pris par les Allemande le f 7 septembre ^676.
â70 OEUVRES CHOISIES
Savants, qui présidez au temple de Mémoire , Qui faites un métier de dispenser la gloire, Et vendez sagement à notre vanité
Une fausse immortalité ,
Amenez vos grands personnages Rendre au mien leurs humbles hommages, Et ne vous fâchez point de voir tous vos héros
Confondus par ces quatre mots :
Jamais il ne sera de vie
Plus admirée et moins suivie.
SUR LA VANITÉ DES DISPUTES DE RELIGION ET LE FAUX ZÈLE DES PERSÉCUTEURS.
STANCES IRRÉGCLlèRES.
Claude le protestant allègue rÉcriture, Dont le sens par NicoIIe est toujours contesté : Dans la tradition , que Nicolle tient sûre, Claude ne reconnaît aucune vérité.
Toutes ces belles controverses Sur les religions diverses N'ont jamais produit aucun bi^n :
Chacun s'anime pour la sienne ; Et que fai^on pour la chrétienne ?
On dispute, et Ton ne fait rien.
Comment ! on ne fait rien pour elle '
On condamne les juifs au feu !
On extermine Finfidèle !
Si vous jugez que c'est trop peu,
On fera pendre V hérétique;
Et quelquefois le catholique
Aura même peine à son tour.
DE SAlîNT-EVREMOND. 371
Non, non, tu travailles contre elle ; Tout supplice, gène, tourment, Tient d'un noir et funeste zèle, Que ton humanité dément :
Tu combats sa propre nature.
Sous prétexte de Thonorer, Quand pour elle tu fais riujure Qu'elle t'ordonne d'endurer !