BILLET
uses, j'écris à Climène Dont j'adore les appas :
Laissez-m'en toute la peine , Et ne vous en mêlez pas.
N'offusquez point mes tendresses Par vos brillants surannés; Loin de moi, vaines déesses, Le fard dont vous vous ornez!
Sur la grâce naturelle Formons notre expression; Rien ne convient à la belle Qui sente la fiction.
Ainsi la nymphe discrète Préfère sous un ormeau, Au grand bruit de la trompette, Le doux son du chalumeau.
Ainsi la jeune bergère, Parfumant son bavolet, A toute odeur étrangère Préfère le serpolet.
Amour, c'est toi que j'appelle; Viens, le mieux disant des dieux, Montre-lui ce cœur fidèle Qui brûle pour ses beaux yeux.
Épitres. 91
Peins-lui cette violence Que rien ne peut égaler, Quand l'austère bienséance Me force à dissimuler.
Il faut languir misérable Sous son rigoureux pouvoir :
C'est l'arrêt irrévocable De Climène et du devoir.
Le soleil à la nature Se cache-t-il aisément?
Qui peut dans la nuit obscure Celer un embrasement ?
D'une contrainte effroyable Quand 3 'ai souffert la rigueur, Un seul regard favorable Rend le doux calme à mon cœur.
Tel, dans un bruyant orage, Le dieu du jour et des vers Brille à travers da nuage, Et rend l'âme à l'univers.
Dieux! qu'il plaît! dieux! qu'il enchante, Cet œil qui fait mon destin ! Quelle aurore est plus riante Dans son plus riant matin !
0 charme d'un regard tendre Où je me sens abîmer, Mon cœur, qui sait te comprendre.
Manque d'art pour t'exprimer.
Épitrks.
Divine source Je flamme, Inépuisables appas, Vous rappelleriez iiue âme Des barrières du trépas.
L'amour n'a plus de martyie Qui me cause du souci ; Qu'il tourmente, qu'il déchire, Puisqu'il récompense ainsi.
Mais, Climène, qu'ils sont rares, Ces regards pleins d'agréments!
Que vos beaux yeux sont avares De ces précieux moments !
Sans mon souvenir fidèle Qui cherche à les prolonger, Ils s'écouleroient , cruelle, Comme un fantôme léger.
Le ciel fait fleurir la plaine Par un regard assidu; Sans les regards de Climène, Chez l'Amour tout est perdu.
Adieu, beauté que j'adore, Brillante comme le jour, Jeune et tendre comme Flore, Charmante comme l'amour.
Des regards tels que les vôtres Sont d'assez grandes faveurs.
Mais si vous m'en faisiez d'autres?
Flatteuse idée! Ah! je meure!