LES TRAVAUX D'APOLLON
ronrpeuse volupté, torture ingénieur .
Ingrat amusement , peine capricieuse ,
Compagne du mépris et de la pauvreté .
Muse , sors pour jamais de mon cœur rel raté . Maudit soit l'ascendant qui força mon génie A trouver des douceurs dans la vaine harmonie ! Maudite soit l'erreur du goût pernicieux Qui me fit méditer ton langage des dieux ! Langage plus obscur que les livies arabe-, Étude où le temps s'use à compter des syllabes. Je vois tous mes égaux, par d'utiles vertus, Admis avec honneur au palais de Plutus : L'un, dans un char pompeux, traîne l'arithmétique; L'autre, aux frais des clients, dore sa rhétorique : Un autre , de la parque augmentant les trésors , S'enrichit avec elle à commercer des morts : Et moi, des bons esprits essayant la révolte, J'attends avec le peuple une heureuse récolte; Trop heureux si, fidèle aux soins de mes guérets. Je n'avois de ma vie adoré que Géri - 1 En vain , pour ranimer mes espérances mort. - .
[64 Satires.
Tu me viens alléguer Boisrobert et Desportes, Estimés à la cour, chéris, comblés de biens, Avec des vers plus durs et plus froids que les tiens. Le dernier pour autrui, par complaisance extrême, Faisoil des vers galants , et les portoit lui-même : Et l'autre, de Momus élève bien disant, \ "it croître le poëte à l'ombre du plaisant. Mais moi. qui fuis l'intrigue et qui fais mal un conte , .Moi que les bas emplois feroient mourir de honte , Par où puis-je à la cour espérer du soutien? Qui n'y fait que des vers, n'y fera jamais rien. Il est temps que mon âge à d'autres soins s'occupe ; On est, en cheveux gris, inexcusable dupe. Laisse aux réflexions le reste de mes ans; Va, reprends pour jamais tes frivoles présents.
L'impétueux Acanthe , assis au pied d'un aune ,
Exhalant ses regrets sur les bords de la Saône ',
D'une main sacrilège et prompte à tout oser,
Saisit ses chalumeaux qu'il s'en alloit briser,
Lorsque du lit profond où dort cette onde claire ,
11 entend qu'on lui crie : Arrête, téméraire!
Sa fureur diminue, et sa frayeur s'accroît.
L'eau s'entrouvre ; un fantôme à ses yeux appaioit,
Moins affreux aux regards que le spectre Incommode
Qui remplit de terreur le sanguinaire Hérode,
Lorsqu'un songe, du ciel rigoureux trucheman,
Lui montre Aristobule envoyé par Tristan 2.
Un héros lui parut, à la miue hautaine,
Vêtu superbement à l'antique romaine,
Gemme, au temps des romans, le complaisant graveur
i. Mâcon, patrie de l'auteur, est situé au bord de la 3à6ne. 2. Auteur d'une tragédie de Mariamne.
Satires. i65
Aux dépens de Courbé1 déeoroit un auteur. Acanthe de ses traits démêlés avec peine, Cherchoit à rappeler quelque idée incertaine, Quand l'ombre, d'un air grave et d'un accent plein d'ait : « N'en doute plus, dit-elle, et reconnois Maynard, Qui, malgré la fierté de l'EspagDe jalouse, Contraignit Bilbilis 2 de céder à Toulouse 3 ; Si ton esprit , encor capable de raison , Peut adoucir ses maux par la comparaison, Apprends mon infortune, et connois dans sa suite A quel point la richesse abhorre le mérite. Jamais un siècle ingrat approcha-t-il du mien ? J'y présentai la gloire à troquer pour du bien\ Ma muse y fut souvent, d'une voix ïmportone, Jusque dans son palais quereller la fortune. La déesse, attentive aux destins des guerrier.-. A se sécher sans fruit condamna mes lauriers , Et me fit consumer dans une plainte vaine, Quand, jusqu'à Colletet, tous trou voient leur Mécène. Oui , lâche que j'étois ! d'un encens immortel, Des idoles du temps je fis fumer l'autel ; Je le fis sans succès. Armand eut le courage De me laisser languir dans un obscur village, Malgré mon beau platet, cité par Pélisson , Dont un superbe rien me paya la façon; Preuve que la faveur, rebelle à la justice,
• fuse au mérite et se donne au caprice. La mort, plus équitable, et moins sourde à mes vaux, A consacré mon nom dans les champs bienheureux .
i. Libraire du temps.
?.. Patrie de Martial.