‹ Œuvres choisies de SénecéChapitre 24 sur 59 · LE NOUVELLISTE · texte numérisé non relu

LE NOUVELLISTE

st-ce toi que j e vois , Polyphile , ou ton ombre ? Me viendras-tu toujours frapper de cet air sombre, Plus pâle qu'un soldat qui , victime du sort , Sur un tambour fatal lit son arrêt de moit ? Te verrai-je toujours haussé sur le cothurne, Quelquefois éloquent, quelquefois taciturne, Du geste ou du discours en diverses façons , De ta lâche frayera nous marquer les frissons ! Jadis dans llion, parmi les tiistes places, La fille de Priam tonnoit moins de menaces , Quand son enthousiasme, aux Troyens étonnés, Prophétisoit leur perte et les dieux déchaînés. Sans relâche occupé d'avis et de gazettes , Porteur mystérieux de dépèches secrètes , Ennemi domestique , et fièrement armé Tantôt d'un manuscrit , tantôt d'un imprimé , Du François intrépide et plein de confiance , Oseras-tu sans cesse attaquer la constance ?

Par les illusions d'un esprit déloyal Dont la fureur t'agite, et du Palais-Royal, Chaque jour, sans manquer, t'entraîne aux Tuileries Faire publiquement trafic de menteries , Peut-être n'as-tu point, faute d'avis prudents, Examiné le fond de tes correspondants : Mais de tes préjugés dissipons les obstacles, Et voyons quelle foi l'on doit à tes oracles.

Ces deux aventuriers, lphicrate et >iilon,

ig6 Satires.

Parés <f un vieux panache et d'un sale galon ,

Qu'on voit aux lieux publics , malgré leur mine basse,

Respectés des frondenrs de la dernière classe ;

Dans un corps renommé jadis également,

Chacun d'eux d'une troupe eut le commandement;

Le premier, qui jamais n'eut la sienne complète,

Sacrifioit sa paie au dieu de la bassette,

Et l'autre plein d'orgueil, toujours prêt à brouiller,

Aux ordres de ses chefs ne sut jamais plier :

Tous deux furent cassés ; à la vieille blessure

Ils mettent l'appareil d'un consolant murmure :

Comment se soutenir sans eux ? Tout est perdu :

Bellone est languissante et Mars est morfondu.

Pour Damis , qui reçoit des avis de Hollande , Estimé parmi vous comme un vieux chef de bande , Qui , dans ses yeux hagards et sa triste couleur, Porte de Charenlon l'hérétique douleur l, Je le connois; issu des familles errantes, Qui repaissent d'espoir leurs libertés mourantes, Et flattent leur parti des révolutions Qu'annonça Dumoulin2 dans ses prédictions, Bien que 'de l'intérêt la sordide sagesse , Pour conserver son bien l'ait conduit à la messe , Son àme est ulcérée et cherche adroitement Chez qui multiplier son mécontentement.

La troupe qui lui prête une oreille attentive L'établit souverain sur' sa raison captive, Et, dans chaque quartier, au vulgaire ignorant, Court annoncer les maux dont Damis est garant.

i. Vers de Boileau.

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