‹ Œuvres choisies de SénecéChapitre 36 sur 59 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

me de Richelieu , qui du haut de la gloire Peux contempler l'ardeur de mon empressement Abaisse tes regards jusqu'à ce monument Que le zèle françois consacre à ta mémoire.

Vois comme le sculpteur, à l'envi de l'histoire,

Enrichit ta vertu d'un nouvel ornement,

Et va forcer l'oubli dans ce retranchement

Dont la mort et le temps font leur champ de victoire.

Les arts que fit fleurir ta libéralité

Assurent à ton nom la vaste éternité,

Malgré les vains efforts de la parque ennemie ;

Pièces Diverses. 26^

Et l'on verra toujours, par leur sublime don, Fumer le docte encens de ton Académie Sur l'autel qu'à ta cendre élève Girardon.

Ç) e marquis si galonné, I Que tu vois dans ce carrosse

w&£ D'estafiers environné,

5s Comme un pois l'est de sa cosse ; Cet homme , dont à la cour Tout le monde est camarade , Et qui vous cite tout court La Trimouille et La Fenillade, Qui jamais pour ses désirs Ne trouva de champ trop vaste; Qui jamais pour ses plaisirs Ne trouva de femme chaste; Cet homme si plein de faste, Qui, ne crachant que grands mots, Vous plante au nez sans propos :

Mon intendant et mon page; Le même , pour abréger, A mis sa vaisselle en gage Pour payer son boulanger.

51 laire avale sans se reprendre | La bouteille de saint Thierri , f Et mâche de la coriandre Pour le cacher à son mari.

Grégoire, qui ne sait pas vivre, Lui voyant l'œil étincelant ,

268 Pièces Diverses.

Le teint rouge, l'air chancelant,

Dit sans façon que Claire est ivre.

Grégoire n'est qu'un impoli

(Mot nouveau que je viens d'apprendre

Ceci seroit Lien plus joli :

Claire a mâché sa coriandre.

'en conviens, mon rival à vous conter sa peine Dtj} Me surpasse sans contredit :

§y II brille, et mille éclairs échappent de sa veine

Mais quand on dit si bien ce que l'on sent, Climène, Le sent-on bien comme on le dit ?

Oï

'où vient que pour Paris tu quittes ta patrie? Quel dessein t'y peut arrêter, Philandre, et sur quelle industrie T'es-tu flatté d'y subsister ?

— J'entends que le barreau fournisse à ma dépense,

Damon; j'y ferai mon devoir,

Et puis je me flatte d'avoir

Quelque talent pour l'éloquence. — Cherche une autre profession :

Le prince du sénat s'est déclaré contre elle. S'ils vivoient aujourd'hui, Le Maître ni Pinelle, Sur ce fonds ne pourroient payer leur pension.

— Je ferai donc des vers.

— 0 ressource inutile !

Cet homme que tu vois en fait comme Virgile ; Cet autre égale Ovide en sa facilité.

D'espoir depuis vingt ans Apollon les amuse, Et ne fournit pas à leur muse

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De quoi couvrir sa nudité.

— A la faveur des grands on me verra prétendre,

Si nul autre dessein n'a lieu.

— Fort bien; tu feras donc renaître de leur cendre

Ou Mécénas , ou Richelieu.

— Dis-moi donc quelque endroit à me tirer d'affaire; Je veux vivre à Paris , je n'en rabattrai rien.

— C'est tout ce que tu pourras faire Si tu veux être homme de bien.

ue Pernelle est contredisante !

Qu'il faut chèrement acheter Cinq ou six cents écus de rente Que d'elle j'espère hériter!

A toute heure elle fait la moue

Et contrôle ce que je dis :

Quand je plaisante, je médis;

Je suis un flatteur quand je loue,

Un fanatique quand je lis,

Un dissipateur quand je joue.

Si je suis gai, je suis un fou;

Si je suis triste, un loup-garou.

Elle me tourne en ridicule,

Si j'ai parfois bon appétit;

Si j'en manque, ma vieille dit

Que c'est un reste de crapule;

Vais-je à l'église fréquemment,

Je suis taxé d'hypocrisie;

Si je n'y vais que rarement,

Je suis entaché d'hérésie.

Pour moi , j'y perds l'entendement.

Un jour je lui disois : — Ma tante,

270 Pièces Diverses.

Tout vous déplaît , tout vous tourment*- ;

Quand aurez-vrais contentement?

Quand? reprit-elle, au monument;

Et pour moi la mort est trop lente.

Lors lui prit un éternùment;

Sur quoi je lui dis bonnement,

Mais de grand cœur : Dieu vous contente !

u sais quel homme ttoit Maurice, Le plus débauché des humains.

Tant qu'un destin riant favorisa son vice , L'Opéra n'eut jamais de danseuse eu d'actrice Qui ne lui passât par les mains.

Depuis cinq ou six mois , déroutes sur déroutes

Ont dissipé son capital :

Procès, embrasements, faux marchés, banqueroutes,

Ont mis Maurice à l'hôpital.

Habillé de droguet et meublé de bergame , Il pleure ses malheurs dont l'excès le poursuit : Mais son plus grand chagrin est de se voir réduit A demeurer avec sa femme.

la divine chasseresse [forêts,

Vénus dit en raillant : Toujours dans les Trouvez-vous cet emploi digne d'une déesse, De parler à des chiens, ou de tendre des rets ? Diane répondit : De mes plaisirs honnêtes Pourquoi condamnez- vous l'exercice assidu? Ne puis-je pas , ma sœur, tendre des rets aux bètes, Puisque votre mari vous en a bien endu?

Pièces Diverses.

fâf§%ES£ liez mourir sur le seiu d'une belle , \'p?yz y,; Petites fleurs dont mon cœur est jaloux ;

ifë/i^Ct? A qui je voue une amitié fidèle.

Le ciel m'a fait moins de grâces qu'à vi ms, Et peu s'en faut que je ne l'en querelle. Son teiut vaincra votre fraîcheur nouvelle , Et sa vertu vos parfums les plus doux : Double triomphe, à vous honte cruelle; Allez mourir.

Si j'étois jeune, une flamme éternelle L'inviterait à l'ardeur mutuelle; Mais puisqu'enfin mon étoile en courroux, Ne peimet pas tel commerce entre nous, Pour lui prouver comme je vis pour elle, Allez mourir.

orax , rieur de son quartier, Aussi facétieux qu'ivrogne, p Avec gens du même métier, fy Alloit à déjeuner boire sur le chantier D'un excellent vin de Bourgogne :

Il tira dessous son manteau Certain je ne sais quoi, qu'on crut être une gourde ;

Mais l'ayant mis sur le tréteau, On connut que c'étoit une lanterne sourde. Que fais-tu de cet instrument, Lui dit, en riant, Timagène?

Te crois-tu plus heureux que ne fut Diogène, Qui pour trouver un homme en usa vainement ? Non , reprit Corax froidement ;

a:2 Pièces Diverses.

Bien que je sois du sel attique

Le partisan, l'admirateur,

De cette impudence cynique Tu ne me verras point le fade imitateur. Quand je marche en plein jour armé d'une lanterne, Un soin plus raisonnable à le faire m'induit; C'est que dès qu'une fois j'entre dans la taverne,

Je n'en sors plus qu'après minuit.

iraste est donc, Aminthe, un joli petit homme?

Oui, Phrosine, on le dit; d'après nos beaux

Ainsi notre sexe le nomme. — [esprits,

'•M Dites-moi ce que c'est qu'un joli petit homme ?

Je ne l'ai jamais bien compris. — Un joli petit homme est celui qui se pique De chanter des premiers les airs de du Bousset,

Qui n'a point d'or dans son gousset, Mais des points, des rubans autant qu'une boutique, Bien peigné, bien chaussé, qui fait pas de ballets, A récurer ses dents met son étude extrême, Toujours parle à l'oreille et vous dit qu'il vous aime ,

Qui vous fait lire des poulets

Qu'il s'écrit souvent à lui-même , Qui sait quel pctit-maitre a dîné chez Rousseau,

Quelle femme s'est enivrée , Qui fait bien un ragoût, connoit un bon morceau, Et de toute la cour distingue la livrée, Mieux fourni de tabac qu'on ne l'est au bureau, Donnant le choix du pur ou de la boite ambrée, Qui sait de tout Paris les secrets rendez-vous,

Qui vous dit : Un tel est jaloux,

Un tel brûle pour une telle ..

Pièces Diverses.

— Quoi ! ce n'est que cela ? — Rien que cela, ma belle. l'u joli petit homme, Aminthe, est, eutre nous, Une fort grande bagatelle.

ois-tu ce visage sévère, Ce teint pâle, cet œil battu; Diroit-on pis que la vertu Habite en sa poitrine austère?

J'en suis détrompé, Dieu merci;

Et j'apprends des vieilles histoires

Qu'il fit son cours chez d'Assoucy,

Et travaille sur ses mémoires.

ois-tu, Philis , ce galant imposteur Qui nous parait sous sa perruque blonde Curer ses dents? Son geste est un menteur : S'il a des dents, je veux bien qu'on me tonde :

A M. le comte de La Quiche.

gg mute chéri, 1 1 te plains d'insomnie :

C'est un grand mal ; mais n'est-il point d'oiseaux dont la douce harmonie ^j Puisse endormir? N'est-il point de ruis- Pour t'assoupir par leur tendre murmure? [seaux Si ces secours que t'offre la nature Sont impuissants , n'est-il plus de pavots ! Avec leur jus l'adroite Pasithée,

Pièces Diverses.

De son époux, dans sa grotte enchantée , Pour s'évader affermit le repos.

Mais pour calmer ta bile soulevée, Viens-moi trouver, j'ai recette éprouvée Dans un village où je suis retiré :

Quel opium avec art préparé Fait mieux baisser ta paupière endormie ! Mens à mon prône entendre mon curé ; Je t'en réponds pour une heure et demie.

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