MORALITE
ouïssons, bergère.
Jouissons du temps Sa course légère Entraîne les ans.
Après leur printemps,
Tout n'est que chimère,
Que douleur amère,
Que regrets cuisants.
Jouissons, bergère,
Jouissons du temps;
Ce lieu solitaire
Est propre au mystère
Des amours contents :
Le soleil éclaire
Moins qu'à l'ordinaire :
Ses feux complaisants
Forcent à se taire
Ta pudeur austère.
Jouissons du temps ,
Jouissons, bergère.
n abbé de notre quartier, Amant de la blonde Lucrèce, N'osant donner l'habit entier, La chausse comme une princesse.
Un voisin qui brûle d'amour Et qu'elle a banni d'auprès d'elle, Fit rougir l'amant et la belle Dans les jardins de Luxembourg.
Prenez garde a vous, ma voisine, Lui dit-il d'un ton goguenard; Votre jupe de férandine Crotte vos souliers de brocard.
a jeune Églé, dont le mérite brille.
Bien qu'il ne soit dans sa perfection, Meurt du désir de devenir grand'fille; #!~^1 C'est sa marotte et son ambition. Ah! vieux papa, me disoit la friponrie D'un air d'enfant, mais prêt à se sentir, Cinq ou six ans, à ne vous point mentir, Referoient bien ma petite personne.
Dix fois autant je puis vous en offrir, Dis-je en riant. Non, reprit la matoise; Vous dépouiller n'est point chose à souffrir. Et grand merci de l'offre trop comtoise.
Pièces Diverses.
orismond me conduit dans son orangerie : Rien n'est plus beau, rien n'est plus clair Là, du plus rigoureux hiver Vingt châssis de cristal écartent la furie ; Et parmi les parfums qu'elle verse dans l'air, Flore, malgré Décembre, à Zéphyr s'y marie.
Cependant le grand jardinier, Cet homme des saisons l'ingénieux arbitre,
M'a fait coucher dans un grenier Où les fiers aquilons assemblent leur chapitre. De mes jours je n'irai te voir, Ame de bronze , cœur de marbre :
Qui traite ses amis plus durement qu'un arbre , Ne mérite pas d'en avoir.
&i.y^wr--?3 u me promets de jour en jour ^M Wj~ De récompenser mon amour, yf?? f—fVr' Et tu n'en es pas moins sévère. m%T-£3z Climène, c'est trop m'abuser :
Si tu veux enfin que j'espère, Commence de me refuser.
rispin, ce critique sauvage, Qui trouve à tondre sur un œuf, g Quand on lui moDtre quelque ouvrage , 4> Soupire, et vous dit : Rien de neuf.
Que ce soit idylle, épigramme, Vaudeville, ou chant du Pont-Neuf,
Pièces Diverses. 277
Ode, satyre, épithalame ,
A tout même accueil : Rien de neuf.
L'Histoire amoureuse des Gaules, Ou la Pharsale de Brébeuf, C'est tout un. Haussant les épaules.
Toujours son refrain : Rien de neuf.
J'ai cru longtemps, je le confesse, Que par cette exclamation Il déploroit la sécheresse De la moderne invention.
Enfin j'ai trouvé l'enclouùre Du Rien de neuf tant soupiré :
C'est qu'il habite une masure , Et porte un habit déchiré.
ortures des pédants , puériles finesses Qu'exercent les laquais dans le sacré vallon, En attendant que leurs maîtresses Sortent du conseil d'Apollon :
Échos , rébus picard, anagramme, acrostiche, Soyez pour mon esprit un champ toujours en friche ; Cherchez des malheureux que puissent captiver Vos subtilités ennuyeuses.
C'est être fou de cultiver Des sottises laborieuses.
Pièces Diverses.
Il est vrai
es épigramnies sont bonnes, Me disiez- vous l'autre jour; Mais parfois tu les redonnes En n'y changeant que le tour, je suis coupable;
Mais, marquis, à votre table,
Si vous m'appelez jamais,
Pour punir cette redite,
Servez-moi trois fois de suite
Des perdrix de Vivarais.
dorant la jeune Phyllis, J'espérois d'attendrir son âme, Ou que ses attraits affoiblis Affoibliroient aussi ma flamme.
De la rigueur de ce tourment Si fatal aux cœurs qu'il possède, J'appelois témérairement Au temps , mon prétendu remède :
Mais chaque jour je m'aberçoi Que mon erreur étoit grossière :
Hélas ! que peut le temps pour moi ?
Il la rend plus belle et plus fière.
e voulois t'aimer, Cléandre; Tu veux être respecté :
C'est ce que j'ai pu comprendre Par ta fière gravité :
Pièces Diverses.
Ce que ton orgueil affecte , Mon devoir l'observera; Mais s'il faut qu'on te respecte, Va chercher qui t'aimera.
our avoir des meubles de prix , Des rentes sur l'Hôtel de Ville , Un jardin au faubourg, trois maisons dans Paris, Lycambe, il ne faut point traiter avec mépris Ceux à qui la fortune a paru moins docile. Voulez-vous qu'on vous parle net (Et soit dit sans vous faire outrage), J'ai connu des marchands par infidèle aunage , J'ai vu des monnoyeurs par mauvais affinage, Des filous par trois dés dans un double cornet,
Des bandits par le faux saunage , S'enrichir tout autant et même davantage Que vous par votre lansquenet.
our sortir du libertinage Où depuis longtemps je te vois, Il faut enfin, mon fils, songer au mariage : J'ai pour toi, sur cela, déjà fait un bon choix C'est une jeune fille. — Elle en sera plus bête. — Belle comme l'amour. — Gare le mal de tète. — Elle est fille de qualité. — Elle en aura plus de fierté Et me viendra prôner les héros de sa race. — Elle a de la vertu, de plus. — Pur- grimace. — Elle a de l'esprit. — Je le croi;
2«o Pièces Diverses.
Peut-être même trop pour moi.
Ne m'en parlez plus, je vous prie. — Klle a vingt mille écus à toucher tout comptant , Sans l'espoir d'une grosse hoirie. — Que diantre lanternez-vous tant ?
Cela vaut fait : je me marie.
'où vient que l'envieux Phorbas , Rêvant tout seul dans ce parterre , Lève les yeux, parle tout bas, Et de son pied frappe la terre ?
A-t-il souffert quelque malheur?
Non, je n'y vois pas d'apparence;
C'est qu'il déplore le bonheur
De quelqu'un de sa connoissance.
ue ces jeunes seigneurs sont fatigants pour moi. Et que leur amitié me devient incommode ! C'est un grand embarras d'être tant à la mode, (&&&>& Disoit Gélaste à Godefroy : L'un vient me réveiller pour aller à la messe ,
L'autre m'entraîne pour dîner , Vn troisième avec lui me mène promener; De là souper chez sa maîtresse.
Aux vrais amis, à la tendresse, Il ne me reste pas un moment à donner : A force de m'aimer, on me rend misérable ! Bon! reprit Godefioy, très-mauvais complaisant, Tu crois donc qu'on te trouve aimable ? Rien moins, on te trouve plaisant.
Pièces Diverses.
hersandre me méprise et croit qu'avec raison Je ne puis avec lui faire comparaison : . J'ai, dit-il, de grands biens : ton malheureux partage Ce n'est qu'un peu d'esprit , dont tout le griffonnage Au bout d'un an de ta pauvre maison Suffit à peine à payer le louage.
Il est vrai que ma muse est tout mon apanage ; Je suis content de mon partage.
Et je n'en rougirai jamais.
Je pourrois être davantage , Si d'un gros financier j 'a vois été laquais.
a plus chère brebis est triste et languissante;
Elle se couche au bord de ce ruisseau, Et méprise les fleurs que ma main lui présente. Si c'est amour qui la tourmente, 0 dieux , quel mal fâcheux se met dans mon troupeau ! Je le sens, ce poison; dans ce lieu solitaire Tout le répand à ce printemps nouveau : Ces prés, ces tendres fleurs, ces bois , cette onde claire,
Et je crains fort que la bergère N'ait pris sans y penser le mal de son troupeau.
y-git une fille de Cône Qui rasoit en perfection:
Fussiez-vous barbu comme un faune.
^^^» A peine seutiez-vous son opération. Pour calmer la douleur cruelle Que cause aux voyageurs son trépas inhumain,
Pièces Diverses.
Terre, soyez légère aux os de la pucelle; Toujours le serez moins que ne l'étoit sa main.
e suis-je pas bien malheureuse, Disoit Adrienne à Catin, Que cet ingrat, que ce matin Me quitte pour une morveuse !
Catin répondit à cela :
Il est vrai, l'objet qu'il adore
N'a que seize ans, et moins encore.
Oh! le grand défaut que voilà!
S'il avoit un peu de cervelle,
S'il étoit juge compétent,
Youdroit-il vous quitter pour elle?
Vous en avez trois fois autant.
u doux jus que produit l'automne, Tu t'enivres souvent, dit-on : Thersandre, je te le pardonne, C'étoit le foible de Gaton.
Malgré Phœbus, malgré la muse, Tu veux entjnner le clairon; Ce défaut souffre son excuse, C'étoit recueil de Cicéron.
Cupidon te met en chemise Dès qu'il t'a rangé sous sa loi ; Patience, c'est la sottise Qu'Antoine a bien faite avant toi.
Pièces Diverses. 283
Ta fuite au combat tient des Parthes ; Cela peut avoir sa vertu.
Ton vice de filer les cartes, Thersandre, de qui le tiens-tu ?
p££jj§*3| illot, bossu par devant, par derrière,
, Et goguenard ( car tous bossus le sont) ,
Pour se baigner, au bord de la rivière Mit ses habits, comme tant d'autres font
Or, un voleur à les embler fut prompt;
Mais quand Gillot eut fait son tripotage ,
Et décrassé son sale parchemin,
Il regagna l'infidèle rivage,
Bien rafraîchi , mais nu comme la main :
Lors de plus près avisant son dommage,
Il le supporte en empereur romain.
De souhaiter que le diable t'emporte,
Maudit larron de mon seul vêtement,
Seroit, dit-il, vengeance un peu trop forte
Pour un tel cas; je voudrais seulement.
Pour te punir, du moins, vaille que vaille,
Que cet habit, acquis furtivement,
Pût te servir, et fût just- à ta taille.
h ! pourquoi , ma chère Lydie , Disoit la coquette Phyllis , De notre jeunesse étuuidie Soumoas-nous les airs impolis?
Est-ce ainsi que dans l'Arcadie
Vivoient ces bergeis :i Jolis
Qu'on a tant mis en comédie ?
Pièces Diverses.
Est-ce ainsi que les Amadis ,
Et les soupirants de délie ^
De leurs amours du temps jadis
Ornoient la Gaule et l'Italie ?
Nous méritons bieu ces rigueurs,
Reprit la maligne Lydie :
Mépris, insulte, perfidie,
Sont les tristes fruits de nos mœurs.
C'est à ravaler ses faveurs
Que notre sexe s'étudie ;
Il conquit autrefois des cœurs,
Mais à présent il les mendie.
'un grand Monsieur j'ai salué Rolet ; Il s'applaudit et croit qu'on lui défère. Montaigne ainsi parloit à son valet, Quand le coquin le mettoit en colère.
hez un bonhomme de Beauvais Un dragon faisoit le mauvais.
Son hôte maltraité crioit à pleine tète : Au meurtre ! à l'aide ! à mon secours ! Les voisins accourus tàchoient par leurs discours
De calmer la tempête.
Le plus hardi de tous étoit le plus mal fait, Qui disoit au dragon : Sais-tu , mon camarade , Que moi seul je suis homme à te donner ton fait .' Il ne faut point ici faire tant de bravade , Et je te jure sur ma foi Que j'en ai tué plus que toi.
A ces mots, le soldat enflammé de colère :
Pièces Diverses. >.85
Qui, toi, s'éciïa-t-il , malheureux avorton!
Mes pistolets , mon mousqueton !
Nous allons voir bientôt si tu me feras taire. L'hôte entre deux se jette, et dit au spadassin :
0 ciel! que prétendez-vous faire?
Eh! monsieur, c'est un médecin.
Cet éclaircissement excita la risée.
L'hôte fit apporter du vin,
Et la noise fut apaisée.
'où vient que maître Alain j amais ne me salue, Si du premier salut je ne l'ai prévenu, Et que quand avec lui je marche dans la rue, Le dessus du pavé par le rustre est tenu? Je n'aurois pas cru qu'un notaire Eût dû prendre avec moi des airs si suffisants. A-t-il donc oublié que feu monsieur son père Fut valet chez le mien pendant cinq ou six ans?
Mais allons, doucement, ma bile; Grasses directions, insignes faussetés, Vieux titres contrefaits par une main subtile, Ont de cent mille écus grossi ses facultés; Si j'ai besoin d'argent, c'est par lui qu'on m'en prête,
Par lui mon crédit se soutient.
Pour conserver l'utile, abandonnons l'honnête. Ah ! maître Alain, passez; l'honneur vous appartient.
286 Pièces Diverses.
^^2 omédiens sont gens de conséquence; *W^fh Pour eux Églé nous tourne à tous le dos
Sourde à nos vœux, leur bassesse l'offense,
*&n&'& Et l'histrion lui paroît un héros ; Héros partout. Gardez, disoit Horace, D'en employer trop grand nombre à la fois Dans une scène. Un auteur s'embarrasse, Qui fait agir des acteurs plus de trois. Or avons-nous poétique nouvelle :
On se raffine. Il n'est que d'essayer.
En même scène Églé sait employer Jusqu'au valet qui mouche la chandelle.
e promenant un soir aux Tuileries, Sur la terrasse, un bourgeois curieux M'examinoit, me parcouroit des yeux; Nouveaux venus dans les conciergeries.
Par guichetiers ne peuvent l'être mieux.
Il me salue et fait telle demande :
— N'ètes-vous pas ce Daphnis dont les chants Sont à Paris en estime si grande ,
Si pleins d'esprit , si tendres , si touchants , Pour qui n'a pas oreilles de Hollande?
— Je suis Daphnis, que vous plait-il de moi?
— Mais , reprit-il , d'où vient donc que vous êtes Si mal vêtu? — Monsieur, en bonne foi, Dis-je en riant, c'est que des bons poètes
Je ne suis pas. Ma muse à m'habiller Ne peut fournir; mais ce qui me console Dans mon malheur, j'en vois d'autres briller, Dont tout l'habit ne vaut pas une obole.
Pièces Diverses.
ue pensez-vous de mon sonnet? Me dit une belle écolière.
Vous paroit-il passable, ou, comme dit Molière, N'est-il bon seulement qu'à mettre au cabinet? Moi, repris-je en riant, soit dit sans vous déplaire, Je l'ai trouvé si vif, si tendrement tourné, Qu'en le lisant j'ai soupçonné... — Quoi! — Que vous vous l'étiez fait faire.
uand Lisidor n'a pas un sou ,
C'est le meilleur homme du monde;
Il nous baise , il nous saute au cou.
Quand Lisidor n'a pas un sou, Il plaisante, il est comme un fou; Il boit avec nous à la ronde.
Quand Lisidor n'a pas un sou, C'est le meilleur homme du monde.
Dès que l'argent est revenu , De no as Lisidor ne tient compte; Je ne suis, moi, qu'un bec cornu.
Dès que l'argent est revenu, Pour lui tout homme est inconnu, S'il n'est du moins marquis ou comte.
Dès que l'argent est revenu, De nous Lisidor ne tient compte.
Sainte amitié, nœud précieux
Que choque sa bizarrerie ;
Fais si bien qu'il soit toujours gueux.
288 Pièces Diverses.
Sainte amitié, nœud précieux, Ton commerce en ira bien mieux ; C'est la faveur dont je te prie.
Sainte amitié , nœud précieux Que choque sa bizarrerie.
j£ï&&&£ rgent comptant est une aimable chose ; •^/JvjM -^u temps heureux de la métamorphose . ffif*jZ\J\ ^ eii pleuv°it; aujourd'hui seulement &è5&tt II en dégoutte, et par ce changemeni Porte d'amour est souvent porte close.
Marchandez-vous teint de lis et de rose ? Ouvrez la bourse et payez largement.
Dame Vénus de ses faveurs dispose Argent comptant.
De bel esprit ayez puissante dose, Faites des vers, expliquez-vous en prose, Mieux que Voiture ou son maître Clément. Pour nos beautés, c'est du haut allemand. Amant discret est celui qui propose Argent comptant.