Oeuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2
oileau n’a pas connu cette pièce. Heureusement! L'art poétique en ses quatre chants aurait-
4! suffi à contenir ses anathèmes contre cette œuvre,
l’une sombre, Pautre gracieuse, lune s’enroulant sur = : l'autre comme le lierre sur un’ donjon noir. Une des
intrigues se dénoue au milieu de la pièce, autre dans SHAKESPEARE. T. I. 1
la scène suivante au palais de justice : et le tout finit par le duo du clair de lune (M. de Lamartine avant la lettre), et une gracieuse querelle d'amoureux. C’est du dessert, mais il est exquis. Macbeth. est plus saisissant, Hamlet plus profond : mais je ne sais si jamais Shakespeare a trailé une de ses œuvres avec autant d'amour, et si aucune autre peut donner une idée aussi complète des ressources infiniment variées de son
génie.
Si un type de femme atteint l'idéal, c’est celui de Portia. C’est la jeune fille chrétienne, fruit d’une civilisation exquise et raffinée telle que pouvait l'être celle de Venise au XVIe siècle : noble et belle, spirituelle et digne. Elle atteint la plus haute éloquence dans les paroles qu’elle adresse à Shylock sur la clémence ; mais comme elle babillera tout à l'heure avec son amoureux ! Quant au Juif qui lui est opposé comme contraste, le type n'en est point perdu : de’ nos jours il ne demanderait peut-être plus une once de chair
de chrétien, mais s’il pouvait la prendre !... Les per-
sonnages secondaires, Lorenzo, Jessica, charmante fille qui ferait pardonner à tous les siens, Bassanio, sont