ACTE®#I
& PORTIA
Détestable le matin quand il est à jeun, et encore pire le soir quand il est ire : dans ses meiïlleurs instants il est un peu moins qu’un homme, et dans ses plus mauvais moments il est très peu supérieur à la brute. En mettant tout au pire, je ferai en sorte de me passer de lui.
NÉRISSA
S'il offre de courir la chance de la loterie, et choisit le coffre gagnant, en refusant sa main, vous refuseriez d'exécuter les volontés de votre père.
PORTIA
De crainte de malheur, aie soie de placer un grand verre de vin du Rhin sur le coffre opposé : quand le diable serait au dedans, si cette tentation est au dehors, je suis sûre qu’il la choisira ; je ferai tout au monde, Nérissa, plutôt que d’épouser une éponge.
NÉRISSA
Ne craignez pas, madame, d’avoir aucun de ces messieurs pour époux ; ils m'ont fait part de lintention où ils sont de retourner dans leurs pays respectifs et de ne plus vous importuner de leurs hommages, à-moins qu’il n’y ait pour vous obtenir
‘quelque moyen autre que la loterie prescrite par votre père.
PORTIA
Dussé-je vivre aussi vieille que la Sibylle, je
mourrai chaste comme Diane, à moins qu’on nf * m'obtienne ainsi que l’a voulu mon père. Je suis charmée de voir ces soupirants-là si raisonnables ;
/ car il n’en est pas un dont jé ne souhaite ardemment absence, et je prie Dieu qu'il leur accorde un bon voyage.
NÉRISSA
Ne vous rappelez-vous pas, madame, d’avoir vu ici, du vivant de votre père, un Vénitien, homme instruit, un soldat, venu avec le marquis de Montferrat ?
PORTIA
Oui, oui, c'était Bassanio ; c’est, je crois, ainsi , qu’on le nomme.
NÉRISSA
Oui, madame : de tous les hommes que mes yeux ignorants aient vus, celui-là m’a semblé le plus digne de l’amour d’une jolie femme.
PORTIA
Je me le rappelle fort bien; et je me rappelle aussi qu’il méritait l'éloge que tu en fais. — Eh bien, qu'y a-t-il ?
ÆEntye UN DOMESTIQUE.! à