ACTE I
À ANTONIO, Pour trois mois.
SHYLOCK
Je l'avais oublié. — Pour trois mois, vous me laviez dit; sur votre billet, fort bien ! voyons un peu. Maïs écoutez-moi ; il me semble vous avoir entendu dire que vous ne prêtiez ni n’empruntiez à intérêt. <
ANTONIO
Je ne le fais jamais.
4 SHYLOCK
Quand Jacob faisait paitre les troupeaux de son oncle Laban, ce Jacob, grâce à ce que fit en sa faveur sa mère avisée, fut le troisième de Îa race dont notre saint Abraham est le chef ; oui, ce fut le troisième.
ANTONIO
Eh bien ! que nous direz-vous de lui? prétait-il à intérêt ?
Non, il ne nrêtait pas à intérêt; ce n’est pas posi- ‘tivement cela ; mais remarquez bien ce que fit Jacob. Il avait été convenu entre Laban et lui que tous les agneaux qui naitraient rayés et tachetés seraient le Salaire de Jacob : vous connaissez l’histoire.
pe ANTONIO. À
Oui, mais votre or et: votre argent, sont-ils des brebis et des béliers ?
SHYLOCK
Je ne sais; je les fais produire tout aussi vite, Mais écoutez-moi, seigneur.
ANTONIO
Remarquez bien, Bassanio, que le diable peut citer les Écritures à l’appui de ses actes ; une âme perverse produisant de saints témoignages, ressemble à un l scélérat le sourire sur ies lèvres ; c’est un beau fruit dont le cœur est pourri: Oh! comme l’hypoc#sie a des dehors vertueux !
SHYLOCK
Trois mille ducats, c’est une grosse somme.
Trois mois sur douze, voyons ce que cela fait d’intérèts. \
Eh bien ! Shylock, vous aurons-nous cette obligation ?
SHYLOCK
Seigneur Antonio, souvent au Rialto vous vous êtes moquë de mon argent et demon usure :
je n’ai fait qu’en lever les épaules, et j’ai tout sup-” porté patiefnment ; car souffrir est le partage de notre nation. Vous me traitiez de mécréant, de | chien enragé, et vous crachiez sur mon manteau