ACTE XI
de Juif, et cela, parce que je fais usage de ce qui m'appâttient; or, il parait maintenant que vous avez besoin de moi : vous venez à moi et vous me dites : “Shylock, nous voudrions de l'argent; voilà ce que vous me dites, vous qui me chassez à coups de pieds comme vous repousseriez du seuil de votre logis un
. chien étranger ; vous me demandez de l’argent. Que
“dois-je vous répondre ? dois-je vous dire : Est-ce qu'un chien « de largent ? Est-il possible qu'un chien puisse préter trois mille ducats? ou bien, dois-je m’incliner profondément, et d’un ton servile, d’une voix basse èt humble, dois-je vous dire : Mon beau seioncur, mercredi dernier vous m'avez craché au visage ; tel autre jour vous m'avez chassé à coups de pieds ; tel autre vous n'avez uphelé Cien ; en retour de tant de courtoisie, je vais vous Dréler mon argent ?
, ANTONIO
Il est probable que tu me verras encore te donner ces noms-là, te cracher au visage, te chasser à coups
de pieds. Si tu veux prêter cet argent, ce n’est pas à
des amis que tu le prêteras ; quand a-t-on vu l'amitié naître d’un métal stérile? Tu le prêteras à un ennemi; s’il manque à son engagement, tu en auras meilleure grâce à exiger contre lui pénalité.
SHYLOCK
LS . Voyez donc comme vous vous emportez ? Je veux être de vos amis, obtenir votre affection, oublier
les mépris que vous m'avez prodigués, subvenir à
vos besoins présents, sans vous faire payer un denier
d'intérêt, et vous ne voulez pas m’entendre.
offres sont bienveillantes. #
Ce serait là en effet une grande obligeance.
SHYLOCK
Et je veux vous la témoigner cette obligeance. Venez avec moi chez un notaire, faites-moi là votre billet et puisque je suis en disposition de gaité, il sera stipulé que si vous ne me remboursez pas tel jour, en tel lieu, la somme énoncée dans le billet, j'aurai droit à une livre de votre chair, coupée et prise dans telle partie de votre corps qu’il me plaira désigner.
LE
ANTONIO
J'y consens de grand cœur; je suis. prêt à signer un billet conçu en ces termes, et à rendre. hommage à l’obligeance du juif.
BASSANIO
Vous ne souscrirez pas un tel billet pour moi ; je préfère rester dans mes embarras actuels.
ANTONIO
Vous n’avez rien à craindre, mor cher; je remplirai mes engagements. Dans deu: mois, c’est-àdire un mois avant l’échéance, il doit m’arriver des valeurs pour une somme neuf fois plus considérable que celle du billet souscrit.