‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 40 sur 99 · ACTE II. NOT · texte numérisé non relu

ACTE II. NOT

Ce qu’il mérite ? — Arrête un moment, prince de Maroc, et pèse ta valeur d’une main impartiale : si tu t’en rapportes à ta propre estimation, tu vaux beaucoup, mais pas assez peut-être pour mériter cette beauté ; cependant douter de ce que je vaux, c’est lâchement me ravaler moi-même. Ce que je: mérite! — Mais je mérite cette beauté ; je la mérite par ma naissance, par ma fortune, par les avantages de ya personne, par les qualités que je dois à l’éducation, mais Surtout par mon amour. Peut-être ferais-je bien de ne pas aller plus loin et de fixer ici mon choix! Relisons l'inscription gravée sur le coffre d’or :

/ Qui me choisit, aura ce que beaucoup désirent,

7 C'est-à-dire la dame de ce château ; tout le monde la désire ; des quatre coins du globe on vient baiser la châsse qui contient cette sainte vivante. Les déserts de l’'Hyrcanie, et les vastes solitudes de l'immense Arabie, transformées maintenant en routes fréquentées, sont traversées par la foule des princes qui viennent contempler la belle Portia. Le liquide empire, qui soulève jusqu'aux cieux l’orgueil de ses vagues, n'est pas une barrière capable d'arrêter l’ardeur de ces étrangers lointains. Ils le franchissent comme un simple ruisseau, pour venir admirer la belle Portia. L’un de ces trois coffrés contient son céleste portrait. Est-il probable que ce soit le coffre de plomb ? ce serait pmfanation que de le croire ; ce métal serait encore trop grossier pour enfermer son linceul dans Ja nuit de la tombe. Ou bien, croirai-je qu’on a recélé son image dans l'argent, ravalant ainsi son prix dix

| | | | fois au-dessous de l’or de bon aloi? Une perle aussi précieuse ne peut être enchâssée que dans l'or. Il y ? £

a en Angleterre une monnaie d’or qui porte un ange

pour empreinte ; mais cette empreinte est à la surface.

Ici c’est un ange qui est enclos dans l’or. — Donnez-

moi la clef ; je choisis celui-ci, à tout hasard I. |

PORTIA

La voici, prince ; si mon portrait s’y trouve, je suis à vous.

, LE PRINCE, après avoir ouvert le coffre d’or.

ere SA k Û O malédiction ! que vois-je ? une tête de mort, et dans son œil vide un papier écrit. Lisons.

Il lit: hs

Tout ce qui brille n’est pas or, Ce proverbe vaut un trésor ; Plus d’un homme a donné sa vie Pour le trompeur éclat de ma superficie.

.Ces tombeaux opulents, que l’or a recouverts, Sont les habitacles des vers.

Qui que tu sois, si ta sagesse Avait marché de pair avec la hardiesse ; Si tu t’étais montré, dans ta verte saison, Jeune de corps, vieux de raison, Tu ne recevrais pas cette réponse écrite :

Tu perds ton temps, pars au plus vite.

En effet j’ai perdu mon temps ; adieu, amour brû-

lant ; froide indifférence, salut ! — Adieu,* Portia ; + j'ai le cœur trop cruellement blessé pour prolonger £

d’insipides adieux : ainsi partent les perdants. Il sort.

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