ACTE "ITT
et l’homme : mais toi, plomb chétif, qui menace plus qu'il ne promet, il y a de l’éloquence dans ta simplicité, et c’est toi que je choisis : puisse ce choix assurer mon bonheur !
PORTIA
Comme toutes les autres passions s’évanouissent dans les airs, le soupçon inquiet, le désespoir forcené, la crainte frissonnante, la jalousie à l'œil livide! Ô amour, modère toi ; tempère ton extase ; contiens ta pluie de joie ; réprime cet excès ; ta félicité est trop intense ; réduis-la, de péur qu’elle ne m’étoufle.
BASSANIO, ouvrant le coffre de plomb.
Que vois-je ? le portrait de Portia! Quel demi-dieu s’est à ce point rapproché de la création? Est-ce que les yeux remuent, ou est-ce le mouvement des miens qui me le fait croire ? Voici des lèvres entrouvertes à travers lesquelles s’exhale une haleine embaumée ; il ne fallait pas moins qu’une aussi douce barrière pour séparer d'aussi douces amies : dans cette chevelure, le peintre a déployé tout l’art d’Arachné ; il
a tissé un filet d’or destiné à prendre les cœurs des plus infailliblement que les moucherons ne sont pris dans les toiles de l’araignée; maïs ses yeux, — comment at-il pu y voir pour les faire ? après en avoir terminé un, celui-là a dû l’éblouir au point de luiffaire perdre l’usage des siens, et l’obliger à laisser son œuvre imparfaite ; et cependant, voyez comme l’objet vivant de mes éloges fait tort à la copie, combien il la rabaisse, combien l’ombre est
inférieure à la substance : voici l’écrit qui contient la teneur et le résumé de ma fortune.