‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 55 sur 99 · FE · texte numérisé non relu

FE

Toi que n’a pas guidé la trompeuse apparence Sois heureux dans le choix qu'a dicté ta prudence. Puisque ainsi le destin t’accorde sa faveur,

Ne cherche pas d’autre bonheur.

Si du lot qui t’échoit ton âme se contente,

Si tu bénis ta fortune présente, Tourne-toi vers l’objet qui fait battre ton cœur, Et qu’un baiser d'amour te proclame vainqueur.

O le charmant écrit ! Belle dame, avec votre permission. (17 l’embrasse.) Je viens, ce billet à la main, donner et recevoir ; je ressemble à l’athlète qui combat dans la lice, et croit avoir mérité l'approbation 4 des spectateurs : s’il entend Pair retentir d’applaudis-

sements et d’acclamations unanimes, troublé, il re-

garde autour de lui,et doute si c’est tien à lui que ces témoignages s'adressent ; il en est de même de moi, trois fois charmante beauté ; je doute de la réalité de ce que je vois, et j'attends, pour y croire, qu’elle aït été confirmée, attestée et ratifiée par vous.

Seigneur Bassanio, vous me voyez ici devant vous telle que je suis; pour moi, je me contenterai volontiers de ce que je suis, et je n’ai pas l'ambition d'y voir ajouter beaucoup ; mais pour vous, je voudrais valoir soixante fois ce que je vaux, être milk fois plus belle, dix mille fois plus riche : pour avoir plus de prix à vos yeux, je voudrais posséder en vertus, en beauté, en fortune, en amis, un trésor incalcu-

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