‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 67 sur 99 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

SHYLOCK

Est-ce qu'on hait un homme qu’on ne veut pas tuer?

BASSANIO

Toute offense n'enfante pas nécessairement la haine.

SHYLOCK

Voudriez-vous qu’un serpent vous mordit deux fois ?

ANTONIO

Songez, je vous prie, que c’est avec le Juif que VOUS raisonnez : autant vaudrait vous tenir debout sur la plage et commander à la mer de ne pas monter à sa hauteur ordinaire ; autant vaudtait demnder au loup pourquoi il fait bêler la brebis qui redemande son agneau ; autant vaudrait défendre aux pins de la montagne de balancer leurs têtes chenues, et de bruire quand les vents du ciel

.mugissent dans leurs branches ; autant vaudrait tenter

la besogne la plus dure, que d’essayer d’adoucir ce qu’il y a de plus dur au monde, son cœur de juif. — Cessez donc vos offres, je vous prie ; ne faites plus de tentatives ; que dans le plus bref délai possible j'aie mon arrêt et Le juif sa volonté.

BASSANIO

su lieu de vos trois mille ducats; en voilà six.

SHYLOCK

Quand chacun de ces six mille ducats serait divisé

en six parties, et quand chaque partie serait un ducat, je n’en voudrais pas ; je veux mon billet. s

FA DCI

LE DOGE

Quelle miséricorde pouvez-vous espérer, si vous n'en montrez aucune ?

SHYLOCK

if Quel jugement aurai-je à redouter, ne faisant point AIS de mal ? Vous avez parmi vous un grand nombre ot d'esclaves achetés ; vous les employez, comme vos ânes, vos chiens et vos mulets, à des travaux abjects et serviles, parce que vous les avez achetés. — Si je vous disais : Donnez-leur la liberté ; mariez-les à, vos fils et à vos filles. Pourquoi sont-ils courbés sous des fardeaux ? que leurs lits soient aussi doux que les vôtres, et leurs palais flattés par la saveur des mêmes : mets : — Vous me répondriez : Ces esclaves sont à,, nous ; — je vous en dis autant ; la livre de chair que je réclame de cet homme, je lai payée d’un haut prix ; elle m’appartient, je la veux : si vous me'la refusez, vos lois ne méritent plus que le mépris ; les décrets de Venise sont sans force : j'attends votre jugement ; parlez ; l’aurai-je ?

LE DOGE

Je prendrai sur moi d’ajourner la cause, à moins que Bellario, un savant docteur, que j'ai enfoyé chercher pour prononcer dans ce débat, n’arrive aujourd’hui.

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