ACTE IV
SALARINO.
Seigneur, il y a ici, à la porte, un messager, venu
de Padoue, porteur de lettres du docteur.
LE DOGE
Apportez-moi les lettres. Qu'on fasse entrer. le CA messager.
BASSANIO
Courage, Antonio ! mon ami, tout n’est point désespéré. Le Juif aura ma chair, mon sang, mes os, et tout, avant que vous perdiez pour moi une. seule goutte de sang.
Je suis une brebis lépreuse ; la santé du troupeau exige que je meure ; les fruits de l’espèce la plus faible tombent les premiers à terre ; qu’il en soit de même de moi. Bassañio, ce que vous pouvez faire de mieux, c'est de vivre et d'écrire mon épitaphe.
| ! Entre NÉRISSA, en costume de clerc d'avocat.
LE DOGE
Venez-vous de Padoue, de la part de Bellario ?
NÉRISSA
#> Oui, seigneur. Bellario salue votre altesse.
Elle lui présente une lettre.
BASSANIO, à Shylock, qui aiguise son couteau #. sur la semelle de sa chaussure.
Pourquoi aiguises-tu ton couteau avec tant d’action ?
SHYLOCK
Pour couper ce qui me revient de ce banqueroufier:
GRATIANO
Ce n’est pas sur ce cuir, mais sur ton âme que |
tu affles le tranchant de ton couteau, Juif impi- |
| toyable. Mais il n’est pas de métal, pas même la
4 hache du bourreau, qui puisse égaler le tranchant de |
ta haïne acérée. Aucune prière ne saurait-elle t’ émou- ä voir ?
SHYLOCK
| | | Non ; du moins aucune de celles que tu aurais / l'esprit de faire. 1
GRATIANO
{ Oh ! sois damné, chien inexorable ! et que ta vie | accuse la justice ! Peu s’en faut que tu ne me fasses | = chanceler dans ma foi, etcroire avec Pythagore que les | âmes des animaux passent dans les corps des hommes. 4 La tienne animait un loup qu’on pendit pour avoir tué un homme ; son âme impure échappée du gibet passa en toi, lorsque tu étais encore dans le ventre de ta mère immonde ; car tes appétits sont d'yn # | loup, sanguinaires, affamés, carnivores.
Tant que tes railleries n’auront pas effacé la signa-