ACTE: IV
PORTIA
Vous me pressez à tel point que je me vois forcé de céder. — (4 Antonio.) Donnez-moi vos gants ; je les porterai en. souvenir de vous. — (4 Bassanio.) Comme gage de votre affection j'accepterai de vous cette bague. — Ne retirez pas votre main; je ne prendrai rien de plus : votre amitié ne me la refusera pas.
BASSANI
Cette bague, seigneur, — hélas ! c’est une misère; je rougirais de vous donner si peu de chose.
PORTIA
C’est le seul objet que je consente à accepter ;. et, maintenant, je vous avouerai que je tiens à l’avoir.
BASSANIO
Cette bague a pour moi un prix bien au-dessus de sa valeur réelle. Je vous donnerai la bague la plus chère qui soit à Venise ; pour la trouver, j'emploierai, s’il le faut, la voix du crieur public ; mais pour celle-ci, je vous prie de m’excuser.
PORTIA
Je vois, seigneur, que vous n’êtes libéral que dans vos offres ; c’est vous qui m'avez appris à demander ; et maintenant vous m'apprenez comment on répond
© ‘iux demandes importunes.
BASSANIO
Seigneur, je tiens cette bague de ma femme : en
me la mettant au doigt, elle m'a fait jurer de nes. jamais ni la vendre, ni la donner, ni la perdre.
PORTIA
Voilà une excuse au service de bien des hommes qui veulent ménager les cadeaux. À moïns que votre femme ne soit folle, lorsqu'elle saura ce que j’ai fait pour mériter cette bague, elle ne vous en voudra pas à tout jamais de me l’avoir donnée. Fort bien; la,
paix soit avec vous !
PORTIA & NÉRISSA s07lent.
Seigneur Bassanio, donnez-lui cette bague ; que
ses services et mon amitié soient mis en bdlance 3
avec les ordres de votre femme.
BASSANIO
Courez, Gratiano ; tâchez de le joindre ; remettezlui cette bague, et faites votre possible pour l’engager à venir chez Antonio. — Allez, dépèchez-vous.\
GRATIANO so7t,
BASSANIO, continuant.
Venez ; allons chez vous de ce pas. Demain matin de bonne heure nous partirons pour Belmont. Venez, Antonio.
I!s sortent,