ACTE I
* 4 NÉRISSA
Ce serait trop simple, madame, si vos afflictions / étaient en aussi grand nombre que vos prospérités ; F et néanmoins, d’après ce que je vois, on souffre autant de l’indigestion que de la faim : le vrai bonheur est dans la médiocrité ; le superflu a plutôt des cheveux blancs, mais l’honnête nécessaire vit plus longtemps.
PORTIA
. “Voilà de belles maximes, et on ne peut mieux AD |débitées.
NÉRISSA
+ + Ehes valent mieux encore quand on les suit.
PORTIA
Si faire était aussi aisé que savoir ce qu'il convient de faire, les chapelles seraient des églises et les ‘cabanes des pauvres gens seraient des palais. C’est un bon prédicateur que celui qui se conforme à ses propres instructions. Il m'est plus facile d'enseigner à vingt individus ce qu’il faut faire, que d’être l’un des vingt à suivre mes propres leçons. Le cerveau peut tracer des lois aux sens ; mais un tempérament ardent saute par-dessus les froides règles. Jeunesse la folle est un lièvre qui franchit d’un saut les filets __ - de Raison l’impotente. Mais ce raisonnement ne sau- LÉ | ‘ rait me servir à choisir un époux. Qu'est-ce que je dis choisir ? Hélas ! je ne puis ni choisir ce qui me plaît, ni refuser ce que je déteste ; ainsi les volontés d’une fille vivante sont asservies aux volontés d’un
père mort. — N’est-il pas bien dur, Nérissa, de ng
pouvoir choisir ni refuser personne ?
NÉRISSA
Votre père fut toujours un homme vertueux, et les saints personnages ont toujours, à leur mort, de bonnes inspirations. Soyez donc persuadée que la loterie qu’il a imaginée dans ces trois coffres d'or, d'argent et de plomb, et en vertu de laquelle vous appartiendrez à celui qui choisira le coffre désigné par lui, ne saurait vous donner pour époux qu'un homme digne de votre amour. Mais parmi les illustres soupirants qui sont déjà ici, enest-ilun en faveur duquel votre cœur se prononce ?
PORTIA
Redis-moi leurs noms, je te prie : à mesure que tu les nommeras, jete les décrirai, et par la description tu jugeras de mon affection.
NÉRISSA
Il y a d’abord le prince napolitain.
PORTIA
C'est un jeune fat, qui parle sans cesse de son cheval ; il se fait un grand mérite de pouvoir le ferrer lui-même ; j'ai bien peur que madame sa mère n'ait fait un faux pas avec quelque maréchal ferrant.
NÉRISSA
Il y a ensuite le comte palatin.
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