ACTE V
LORENZO
C'est parce que vos facultés sont attentives. Voyez 7 un troupeau sauvage et folâtre de jeunes poulains qui n’ont point encore senti le mors; voyez-les, . cédant à la chaleur bouillante de leur sang, bondir follement dans la prairie et frapper l’air de leurs hen- | nissements. Que par hasard le son de la trompette | se fasse entendre, ou que le vent leur apporte quelque
harmonie musicale, soudain vous les voyez qui s’ar- | rêtent d’un commun accord ; et sous le charme vain- À queur de la musique, le calme a remplacé la sauvage | ardeur qui brillait dans leurs yeux. Aussi les poètes ont feint qu'Orphée attirait les arbres, les rochers et les ondes ; car il n’est point d’être si stupide, si insensible, si farouche qu’il soit, dont la musique ne change momentanément la nature. L’homme qui n’a pas de musique en lui, et que l’accord de sons harmonieux ne saurait émouvoir, n’est propre qu’aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines ; les mouvements de son âme sont ternes comme la nuit, et ses affections noires comme l’Érèbe ; c’est un homme dont il faut se défier. — Écoutons la musique.
STRESS
PORTIA é{ NÉRISSA paraissent à quelque distance.
PORTIA
C’est de la grande salle de mon château que part <ette lumière que nous apercevons ; comme elle pro- La jette au loin sa clarté ! ainsi brille une bonne action 5 dans un monde pervers.
NÉRISSA
Nous ne l’apercevions pas quand la lune brillai:.
PORTIA
Ainsi une gloire est obscurcie par une gloire plus grande. Le délégué d’un roi jette un éclat royal, jusqu’au moment où le monarque vient à paraitre.Alors toute sa dignité va se perdre, comme un faible ruisseau, dans l’immense océan.— J'entends de la musique! écoutons.
NÉRISSA
C’est la musique ordinaire du château, madame.
PORTIA
Je vois que les choses n’ont qu’une valeur relative; je trouve à ces accords je ne sais quoi de plus doux que pendant le jour.
NÉRISSA
C’est le silence, madame, qui leur prête ce charme.
Le corbeau chante aussi harmonieusement que VPalouette pour qui n’écoute ni l’un ni l’autre ; et je crois, en vérité, que si le rossignol chantait le jour, alors qu’il n’est pas de canard qui ne fasse entendre son gloussement, le rossignol serait mis, comme musicien, au niveau du roitelet. Combien de choses
reçoivent de l’à-propos leur valeur et toute leur per-#"
fection ! — Chut ! Diane dort avec Endymion, et ne veut pas qu’on la réveille !
La musique cesse.
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