LE SISE HENRI
Allons, mon frère, tu as bravement étrenné ton épée vierge encore.
LE PRINCE JEAN
# Doucement ! que vois-je là? ne m’aviez-vous pas dit que ce gros homme était tué ?
LE PRINCE HENRI
Oui; je l’ai vu mort, étendu sans vie et sanglant " sur la poussière. — (À Falstaf.) Es-tu vivant ? ou : n'est-ce qu’une illusion de mes sens ? Je ten prie, | 12 patle ; que le témoignage de nos oreilles confirme celui de nos yeux. Tu n’es pas ce que tu sembles.
Non, très certainement ; je ne suis pas un homme double ; mais si je ne suis pas John Falstaff, prenez alors que je ne suis qu’un Jeannot. (Jetant le cadavre à terre.) Voilà Percy ; si votre père veut me conférer quelques honneurs, soit ; sinon, qu’il tue lui-même le premier Percy qui se présentera. Je m’attends à être fait comte ou duc, je vous en donne ma parole.
LE PRINCE HENRI
Comment | mais c’est moi-même qui ai tué Percy; et toi, je t'ai vu mort.
FALSTAFF
Vous l’avez tué ? Seigneur, comme le monde est SHAKESPEARE. T. Il. 10
tee FALSTAFF.
«livré au mensonge ? je conviens que j'étais étendu à terre, et sans haleine. Il en était de même de lui; F4 mais nous nous sommes relevés en même temps, et L nous sommes battus une grande heure à l’horloge de Shrewsbury. Si l’on me croit, à la bonne heure ; sinon, que ceux dont le devoir est de récompenser la valeur,aïent sur leur conscience ce péché d'ingratitude. Je soutiendrai jusqu’à là mort que je lui ai fait cette blessure dans la cuisse ; si l’homme était encore en vie, et qu’il osÂt me démentir, je lui ferais avaler la moitié de la lame de mon épée.
LE PRINCE JEAN
Voilà la plus étrange histoire que j'aie jamais x entendue. SI
LE PRINCE HENRI
Mon frère, vous saurez que c’est le plus étrange À drôle qu’il y ait au monde. — (4 Falstaff.) Allons, porte sur ton dos ta noble charge. Pour ce qui est de moi, si un mensonge peut t’être bon à quelque chose, je te dorerai des meilleures paroles que je pourrai trouver. “à
La Falstaff est repoussant, malgré sonesprit:
le coup d’épée dans la cuisse d’un ennemi mort
nous révolte. Mais comment en vouloir long- # Fr temps à un gros homme qui vous répond:
«Tu sais que dans l’état d’innocence Adam a À failli : que peut donc faire le pauvre Jack Fak 1
FALSTAFF. 159
staff En ce temps de corruption. J'ai plus de chair qu’un autre homme; donc j'ai plus de fragilité. »
C’est dans les « Joyeuses commère de Windsor » que se trouvel’histoire du panier.Le panier de Falstaff est comme le sac de Scapin. Une esquisse de ce type bizarre serait incomplète sans cet accessoire que la légende populaire a rendu inséparable du personnage. Malheureuse-
. ment Sir John n’a pas fait comme les bons vins
qu’il aime tant à déguster : il s’est encore pâté en vieillissant. Son vocabulaire s’est tellement
enrichi que la comédie est encore moins décente
que le drame. Mistress Page et Mistress Ford aiment à rire comme l'indique le titre : loin d’être prudes, tout au plus sont-elles bien prudentes. Vertueuses cependant elles n’acceptent la cour que leur fait le vieux gentilhomme débauché que pour se gausser de lui, et un peu pour taquiner leurs maris. Mistress Ford surtout est enchantée de faire coup double, et de punir à la fois l’insultante audace du chevalier et les insultants soupçons de son époux. Falstaff a fait parvenir à toutes deux une même épitre amoureusement burlesque. Ces dames se sont communiqué leurs billets doux, identiques
sauf le nom, et ont combiné ensemble IX farce que voici : \ 1