‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 95 sur 99 · ROBIN · texte numérisé non relu

ROBIN

Madame Ford, sir John, mon maitre, est à la porte de derrière, et désire vous voir.

ha MM€ PAGE.

Mon petit pantin, nous avez-vous gardé le se-

ROBIN, à Mme Page.

Je vous en donne ma parole : mon maitre ignore que vous êtes ici; il m'a menacé d’une éternelle liberté si je vous parle de cette affaire : il a juré qu’il me mettrait à la porte.

MME PAGE

Tu es un bon enfant ; ta discrétion sera pour toi un tailleur, ette vaudra un haut-de-chausses et un pourpoint neuf. Je vais me cacher.

MM FORD

Faites. (4 Robin.) Allez dire à votre maïtre que je suis seule. Madame Page, rappelez-vous votre rôle.

ROBIN soré.

M€ PAGE

Je vous en réponds ; si je ne le joue pas bien, sifflez-moi.

Mme PAGE sort.

MME FORD

Vogue la galère! Nous allons traiter comme il faut ce gros melon d’eau ; nous lui apprendrons à distinguer les geais des tourterelles.

ÆEntre FALSTAFF.

A la fin je voustiens, mon céleste bijou (1).

(1) Ce vers esttiré du poème d’As#ophel «t Séella, par SIDNEY. (UVoe du traducteur).

RTE CNRS IN LR A De PE RO BEI ALES PSN Maintenant je puis mourir, car j'ai assez vécu : jai atteint le terme de mon ambition. O fortuné moment!

MME FORD

O suave sir John Falstaff!

FALSTAFF

Madame Ford, je ne sais pas flatter ; je ne sais pas babiller, madame Ford. Je vais exprimer un vœu coupable : Plût à Dieu que votre mari fût mort! je vous prendrais pour ma mylady ; je suis prêt à le déclarer devant le Lord le plus huppé du royaume.

MM FORD

Moi, votre mylady, sir John ? je ferais une piteuse mylady.

FALSTAFF

Que la cour de France m'en montre une pareille ! Voilà des yeux qui rivaliseraient avec le diamant ; la

courbe élégante de ce front semble faite exprès pour recevoir la plus belle coiffure de Venise.

MMe FORD.

Un simple mouchoir, sir John ; c’est tout ce qui sied à mon front, et encore c’est tout au plus. FALSTAFF.

C’est une trahison que de parler ainsi de vousmême : vous figureriez à la cour dans la perfection ; et sous un vertugadin semi-circulaire ce pied ferme

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et bien posé donnerait à votre démarche un relief excellent. Je vois ce que vous seriez sans la fortune

ennemie ; la nature est votre amie, vous ne sauriez le cacher. Se

MM€ FORD

Croyez-moi, je n'ai rien de tout cela.

FALSTAFF

Qu'est-ce qui m’a fait vous aimer ? Cela seul doit

Î vous convaincre qu’il y a en vous quelque chose ‘ d’extraordinaire. Tenez, voyez-vous, je n’entends

rien à l’art de flatter ; je ne puis vous dire : Vous

êtes ceci, vous êtes cela, comme font ces jeunes muguets qu’on prendrait pour des femmes en habits < d'hommes, et qui exhalent plus de parfums quele ‘2 marché aux herbes dans la saison des simples : je ne

le puis ; mais je vous aime, je n’aime que vous, et

vous le méritez.

É 4 Me FORD Je crains que vous ne me trompiez, sir John ; vous aimez madame Page.

FALSTAFF

C’est comme si vous disiez que j'aime à me promener devant la porte de la prison pour dettes, que je déteste comme la gueule d’un four à chaux.

| . MM€ FORD. #

Dieu sait combien je vous aime ; vous le saurez un jour.

$ M FALSTAFF, %4 Conservez-moi cette inclination ; je la.mérite.

MM FORD

C’est vrai, je dois vous le dire ; sans quoi je ne

VOUS aimerais pas.

ROBIN, appelant du dehors.

Madame Ford! madamé Ford ! madame Page est à la porte, agitée, toute essoufflée, les yeux hagards; ; elle demande à vous parler sur-le-champ.

Elle ne me verra pas ; je vais me cacher derrière m7 la tapisserie.

; Me FORD.

Oui, de grâce : c’est une femme dont la langue est à craindre.

Falstaff se cache.

Êl

Entrent Mme PAGE ef ROBIN.

MM FORD, poursuivant, Eh bien ! qu’y a-t-il ? que me voulez-vous ?

Me PAGE, O madame Ford ! qu’avez-vous fait? vous êtes 4. déshonorée, vous êtes perdue, perdue à jamais. Me FORD.

* Qu’y a-til donc, ma bonne madame Page ?

MM PAGE

O quel malheur, madame Ford, qu'ayant un honnête homme pour mari, vous lui donniez un pareil motif de vous soupçonner !

MME FORD

uel motif de me soupçonner ?

ps

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