‹ Œuvres choisies de Shakespeare - Vol. 2Chapitre 96 sur 99 · ME RAGE · texte numérisé non relu

ME RAGE

Quel motif ! Honte à vous! Combien je m'étais trompée sur votre compte !

MM€ FORD

Mais encore, de quoi s’agit-il ?

MM€ PAGE

Malheureuse, votre mari va venir, accompagné de tous les exempts de Windsor, afin de découvrir un galant qui, dit-il, est maintenant ici, de votre consentement, dans le coupable dessein de mettre à profit son absence. Vous êtes perdue !

MME FORD, bas à Mme Page.

Parlez plus haut. (Élevant la voix.) J'espère que ; cela n’est pas.

MME€ PAGE

Priez Dieu que cela ne soit pas, et que vous n’ayez pas un homme ici caché ; mais ce qu'il y a de certain, # c'est que votre mari, avec tout Windsor à sa suite, je vient chercher ici le galant. Je suis accourue vous le dire ; si vous vous sentez irréprochable, j'en suis

charmée ; mais si vous avez ici un ami, pour Dieu, faites-le partir. Ne demeurez pas interdite ; appelez à votre aide toutes vos facultés, défendez votre réputation, ou dites adieu pour jamais à votre bonne vie.

M€ FORD

Que faire ? Jai ici un homme, un ami bien cher. Je redoute moins ma propre honte que le danger qu'il peut courir :je voudrais, dût-il m'en coûter mille livres sterling, qu’il fût hors du logis.

MM PAGE

Par pudeur ! Il ne sert de rien de dire : je voudrais, je ne voudrais pas ; VOtre mari sera ici dans un instant; il vous faut trouver un moyen de le faire évader : car il est impossible que vous le cachiez dans la maison. Oh ! combien vous m'avez trompée ! Justement, voici un panier ! si le galant est de,taille raisonnable, il pourra s’y fourrer ; vous le recouvrirez de linge sale, que vous aurez l'air d'envoyer à la lessive ; et comme c’est la saison du blanchissage, vos’ deux domestiques pourront le porter à la prairie de Datchet.

M€ FORD

I est trop gros ; il n’entrera jamais là. Mon Dieul quel parti prendre ?

Falstaff sort de derrière la tapisserie.

FALSTAFF

Voyons cela, voyons cela! Oh! j'y entrerai, jy entrerai ; suivez le conseil de votre amie ; j'y entrerai.

A ——— 1, MM PAGE, bas,

Eh quoi! vous ici, sir John Falstaff? Est-ce là, chevalier, ce que disaient vos lettres ?

FALSTAFF, bas à Mme Pace.

Je vous aime et n’aime que vous au monde :; aidez à mon évasion ; je vais me fourrer là dedans... jamais je ne pourrai.

Il entre péniblement dans le panier, que les deux femmes recouvrent de linge sale.

Mme PAGE, & Robin.

Jeune homme, aidez à couvrir votre maitre ; Mmadame Ford, appelez vos gens. — Chevalier hypocrite !

M€ FORD

Holà ! Jean ! Robert ! venez. (Robin sort, des domestiques entrent.) Dépêchez-vous, prenez ce panier de linge ; où est le bâton à passer dans l’anse ? ne perdez pas de temps : portez cela à la blanchisseuse dans la prairie de Datchet ; dépêchez-vous.

Æntrent FORD, PAGE, CAIUS ef SIR HUGUES EVANS.

FORD

Avancez, je vous prie ; si je soupçonne sans motif, moquez-vous de moi, et que je sois pour vous un objet de risée; je l’aurai mérité. Arrêtez : où portez-vous cela ?

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