PREFACE
Rien ne ressemble moins que nous aux marquis couverts d'habits brodés et de grandes perruques noires coûtant mille écus, qui jugèrent, vers 1670, les pièces de Racine et de Molière.
Ces grands bommes cherchèrent à flatter le goût de ces marquis et travaillèrent pour eux.
Je prétends qu'il faut désormais faire des tragédies pour nous, jeunes gens raisonneurs, sérieux et un peu envieux, de l'an de grâce 1823. Ces tragédies-là doivent être en prose. De nos jours, le vers alexandrin n'est Le plus souvent qu'un cache-sottise.
Les règnes de Charles VI, de Charles VII, du noble François Ior, doivent être féconds pour nous en tragédies nationales d'un intérêt profond et durable. Mais comment peindre avec quelque vérité les catastrophes sanglantes narrées par Pbilippe de Comines, et la ebronique scandaleuse de Jean de Troyes, si le mot pistolet ne peut absolument pas entrer dans un vers tragique?
La poésie dramatique en est en France au point où le célèbre David trouva la peinture vers 1780. Les premiers essais de ce génie audacieux fuient dans le genre vaporeux et fado des Lagrénée, des Pragonard et des "Vanloo. Il fit trois ou quatre; tableaux fort applaudis. Enfin, et c'est ce <jui lui vaudra l'immortalité, il s'upercut que le genre niais de l'ancienne école française ne convenait plus au goût sévère d'un peuple chez qui corn-
caençait à se développer la soif des actions énergiques. Il, David appril à la peinture à déserter les traces des Lebrun et des Mignard, et à oser montrer Brutus et les Horaces. En continuant à suivre les errements du siècle de Louis XIV, nous n'eussions été, à tout jamais, que de pâles imitateurs.
Tout porte à croire que nous sommes à la veille d'une révolution semblable en poésie. Jusqu'au jour du succès, nous autres défenseurs du genre romantique, nous serons accablés d'injures. Enfin, ce grand jour arrivera, la jeunesse française se réveillera; elle sera étonnée, cette noble jeunesse, d'avoir applaudi si longtemps, et avec tant de sérieux, à de si grandes niaiseries....
Le chapitre i est un dialogue entre « l'Académicien » et « le Romantique », qui porte ce titre : « Four faire des tragédies qui puis-. Mil intéresser le public en 1823, faut-il suivre les errements de Racine ou de Shakespeare ? » Après un chapitre il, intitulé : « Le Rire », chapitre un peu mêlé, où Molière est déclaré inférieur à Aristophane, nous arrivons à la partie essentielle de la brochure fchap. 11) :