‹ Œuvres choisies de StendhalChapitre 37 sur 93 · LE « CORSO » ET LES ENTERREMENTS DE BON TON · texte numérisé non relu

LE « CORSO » ET LES ENTERREMENTS DE BON TON

16 décembre (1827). — La rue du Corso, envers laquelle l'odeur de choux pourris, et les haillons aperçus dans les appartements par les fenêtres, m'a rendu injuste pendant deux ans, est peut-être la plus belle de l'univers.

Un sentier dans une montagne peut être beau par la vue dont on jouit en se promenant. Le Corso est beau à cause des pierres qui sont rangées les unes au-dessus des autres. Les palais qui bordent cette rue ont beaucoup de style. Ce style est sublime et fort supérieur à celui de la rue Balbi de Gènes. Regent-Street, à Londres, étonne, mais ne fait aucun plaisir et n'a pas de style. On voit des barbares fort riches, les premiers hommes du monde pour le steam-enginc et le jury, mais qui du reste ne sont sensibles qu'à la sombre mélancolie de l'architecture gothique, ou, ce qui revient au même, au monologue de Hamlet, tenant à la main le crâne d'Yorick.

La rue Saint-Florentin, quand on y entre par la rue S;iint-Honoré, et qu'on regarde la terrasse des Tuileries, peut donner quelque idée du Corso à Rome.

Tous les enterrements de bon ton viennent y passer à la nuit tombante (vingt-trois heures et demie). Là, au milieu de cent cierges allumés, j'ai vu passer sur un brancard et la tête découverte, la jeune marquise I lésa rini Sforza, spectacle atroce et que je ne n'oublierai de ma vie, mais qui fait penser à la mort, ou plutôt qui en frappe l'imagination, et par là, spectacle fort utile à qui règne en ce monde en faisant peur de l'a m re.

La rue du Corso esl par malheur étroite et humide, à peu prèa comme La rue de Provence à Paris; «die est bornée an levant par une suite de collines.

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