LES LAVANDIÈRES
En sortant do Carville, du côté de la mer, on trouve à gauc|)Q la petite vallée au fond de laquelle court le Houblon, ce ruisseau qui a l'esprit d'être joli. Deux grandes prairies fort en pente garnissent les deux côtés du ruisseau.
Sur la rive gauche, un beau ebeniin, récemment réparé par Mme de Miossens, étale fièrement ses bornes
de pierres de taille, qui, sous un nom très impoli, sont. destinées à empêcher les imprudents de choir dans le
ruisseau rapide qui se trouve ici en contre-bas de plus de dix pieds. Par le conseil du curé Du Saillard, la noble dame s'est rendue adjudicatrice des réparations à faire à ce chemin qui conduit au château, dépenses cotées à cent écus dans le budget de la commune. Mme la duchesse de Miossens adjudicatrice et recevant trois cents francs d'une commune! Quels mots ridicules, en 1826, car c'est vers cette époque que commence notre histoire fort immorale.
A dix minutes du pont, sur le Houblon, une troisième prairie se présente en face et domine le confluent de la Décise et du Houblon. La Décise, qui descend fort rapidement, est côtoyée par un sentier formant beaucoup de zigzags sur la partie la plus élevée de cette troisième prairie. L'œil du voyageur aperçoit en s'élevant les dernières petites allées sablées d'un jardin anglais fort soigné et, par-dessus, les sommets de quelques arbrisseaux, destinés surtout à dérober la vue de la mer lointaine aux fenêtres du rez-de-chaussée du château.
La vue des pierres noires et carrées d'une tour gothique fait un beau contraste de couleur. Cette tour, maintenant tout à fait en ruine, fut une noble contemporaine de Guillaume le Conquérant.
Tout à fait au bas de la troisième colline est un lavoir public, établi sur les bords de la Décise, sous un immense tilleul. Ce bassin, que Mme la duchesse espère bien faire déguerpir, est formé par deux énormes troncs de chêne creusés au centre et quelques pierres plates placées de champ.
Une trentaine de femmes lavaient du linge à ce bassin, le dernier jour du mois de septembre. Plusieurs de ces paysannes cossues de la riche Normandie ur travaillaient guère, et se trouvaient là sous prêt ex le de surveiller leurs servantes qui lavaient, mais dans le fait pour prendre Leur part à la conversation, ce jourlà fort animée. Plusieurs des laveuses rlaimt grandes, bien faites, construites comme la Diane des Tuileries, et leurs figures, d'un bel ovale, eussent pu passer pour belles, si elles n'eussent été surmontées par l'infâme bonnet de coton dont la mèche, h cnuse de la