‹ Œuvres Choisies de VChapitre 10 sur 109 · CHAPITRE n. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE n. l

une pauvreté hideuse. Les palais des rois sont devenus le repaire des bêtes fauves ; les troupeaux parquent ' au seuil des temples, et les reptiles immondes habitent les sanctuaires des dieux!... Ah! comment s'est éclipsée tant de gloire! comment se sont anéantis tant de travaux!.... Ainsi /donc périssent les ouvrages des hommes ! ainsi s'évanouissent les empires et les nations ! Et l'histoire des temps passés se retraça vivement à ma pensée ; je me rappelai ces siècles anciens où vingt peuples fameux existaient en ces contrées ; je me \yeigais V Assy tien sur les rives du Tigre, le Kaldéen sur celles deJYEuphralej le Perse régnant de V Indus à la Méditerranée. Je dénombrai les royaumes de Damas et de Vldiiiméâj de Jérusalem et de Samariey et les Etats belliqueux des Philistins, et les républiques commerçantes delà Phénicie. Cette Syrie, me disais-je, aujourd bui presque dépeuplée, comptait alors cent villes puissao^tes; ses campagnes étaient couvertes de villages, debourgs etdehameaux. De toutes parts l'on ne voyait qtie champs cultivés, que chemins fréquentés, qu'habitations pressées... Ah! que sont devenus ces âges d'abondance et de vie? Que sont devenues tant de brillantes créations de la main de Thomme? Où soutf ils ces remparts de Ninive, ces murs de Babylojie, ce* / palais de Persépolis^ ces temples de Balbeik et de Jéru } salem ? Où sont ces flottes de Tyr, ces chantiers dArad^ ces ateliers de Sidouj et cette multitude de matelots, de [ pilotes, de marchands, de soldats? et ces laboureurs, et ces moissons, et, ces troupeaux, et toute cette création d'êtres vivants dont s'enorgueillissait la face de la terre ! Hélas! je l'ai parcourue, cette terre ravagée ! j*a\ visité les lieux qui furent le théâtre de tant de splendeur, et je n'ai vu qu'abandon et que solitude... J'tar cherché les anciens peuples et leurs ouvrages, je

n'en ai vu que la trace, seijaiWble à celle que le pied du passant laisse sur larpbuwèro. Les temples se sont écroulés, les palais sont renirersés, les ports sont com^blés, les villes sont détiroites ; ^t la iterre, nue d'habitants, n'est plus qu'un lie« désolé'de^pulcres. . . Grand |>ieu! d'où viennent de si funestes lévolutions? Par quels motife la fortune de ees ecmtréçii a-t^elle été si fort changée? Pourquoi tant de villes se iont-elles détruites? Pourquoi cette ancienne population ne s'estelle point reproduite et perpétuée ? \

Ainsi livré à ma rêverie, sans oBSse de nouvelles ré-iflexions se présentaient à mon esprit. Tout, cèntinuai-r je, égare mon jugement et jette mon cœur ëms le trouble et l'incertitude. Quand ces contrées jouissaient de ce qui compose la gloire et le bonheur des hommes, c'étaient des peuples infidèles qui les habitaient : ic'était le Phénicien^ sacrificateur homicide à Moiok, qui rassemblait dans ses murs la richesse de tous les oli«^'mats; 'c'était le Kaldéen^ prosterné devaM un wy*-p^n<(l), qui subjuguait d'opulentes cités, et dépouil^ lait les palais des rois et les temples des dieux ; c'^ii' le Perse, adorateur du feu, qui recueillait les tributs^; décent nations; c'étaient les habitants de cette vîUêV même, adorateurs des astres, qui élevaient tant de monuments de prospérité et de luxe... Troupeaux nombreux, champs fertiles, moissons abondantes, tout ce qui devrait être le prix de la piété, était aux mains de ces idolâtres ; et maintenant que des peuples croyants et mnts occupent ces campagnes, ce n'est plus que solitude et stérilité. La terre, sous ces mains bénites, ne produit que des ronces et des absinthes. L'homme sème dans les angoisses, et né recueille que des larmes

(i) Le dragon Bel.

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