CHAPITRE ir
et des soucis : la guerre, la famine, la peinte l'assaillent tour à tour,.. Cependant ne sont-ce pas là les enfont» des prophètes? Ce musulman, ce chrétien j QQjuify ne sont-ils pas les peuples élus du ciçl, comblés de grâpes et de miracles ? Pourquoi dotic ces races privilégiée» ne jouissent-elles plus des mêmes favem^s ? Pourquoi ces terres, sanctifiée^ par le sang des martyrs, sont^ elles privées des bienfaits anciens? Pourquoi en sont'* ils comme bannis et transférés depuis tant de siècles à d'autres nations, en d'autres pays?...
Et, à ces mots, mon esprit suivant le cours des vicissitudes qui ont tour à tour transmis le sceptre du monde à des peuples si différents de cultes et de mœurs, depuis ceux de FAsie antique jusqu'aux plus récents dô V Europe, ce nom d'une terre natale réveilla en moi le sentiment de la pairie ; et, tournant vers elle mes re*gards, j'arrêtai toutes mes pensées sur la situation où je 1 avais quittée (1).
Je me rappelai ses campagnes si richement culti-. vées, ses routes si somptueusement tracées, ^es villes habitées par un peuple immense, ses flottes répandues sur toutes les mers, ses ports couverts des tributs de Tune et de l'autre Inde ; et comparant à l'activité de son cortimerce, à l'étendue de sa navigation, à la richesse de ses monuments, aux arts et à l'industrie de ses habitants tout ce que l'Egypte et la Syrie purent jadis posséder de semblable, je me plaisais à retrouver la splendeur passée de l'Asie dans l'Europe moderne; mais bientôt le charme de ma rêverie fut flétri par un dernier terme de comparaison. Réfléchissant que telle avait été jadis Tactivité des lieux que je contemplais : Qui sait, me dis-je, si tel ne sera pas un jour l'aban-
H) Eo nS2, à la fm de la guerre d'Amérique.
Il) LES RUINES.
ces analhèmes célestes sur ces contrées? Où est cette malédiction divine qui perpétue l'abandon de ces campagnes ? Dites, monuments des temps passés I les cieux ont-ils changé leurs lois, et la terre sa marche ? Le soleil a-t-il éteint ses feux dans l'espace ? Les mers n'élèvent-elles plus leurs nuages? Les pluies et les rosées demeurent-elles fixées dans les airs? Les montagnes retiennent-elles leurs sources? Les ruisseaux se sont-ils taris? et les plantes sont-elles privées de semences et de fruits? Répondez, race de mensonge et d'iniquité, Dieu a-t-il troublé cet ordre primitif et constant qu'il assigna lui-même à la nature? Le ciel a*t-il dénié à là terre, et la terre à ses habitants, les biens que jadis ils leur accordèrent? Si rien n'a changé dans la création, si les mêmes moyens qui existèrent subsistent encore, à quoi tient donc que les races pré senîes ne soient ce que furent les races passées? Ah ! ' c'est faussement que vous accusez le sort et la Divi* nité ! c'est à tort que vous reportez à Dieu la cause dç vos maux ! Dites, race perverse et hypocrite ! si ces lieux sont désolés, si des cités puissantes sont réduites en solitudes, est-ce Dieu qui en a causé la ruine ?Est*cc sa main qui a renversé ces miurailles, sapé ces temples, mutilé ces colonnes, ou est-ce la main de l'hom'me ? Est-ce le bras de Dieu qui a porté le fer dans la ville et le feu dans la campagne, qui a tué le peuple, incendié les moissons^ arraché les arbres et ravagé les cultures, ou estrce le bras de Thomme? Et lorsqu'après la dévastation des récoltes, la femine est survenue, est-ce la vengeance de Dieu qui Ta produite, ou la foreur insensée de l'honmie? Lorsque dans la famine le peuple s'est repu d'aliments immondes, si la peste a suivi, est-ce la colère de Dieu qui Fa envoyée, ou l'imprudence de l'honmie? Lorsque la guerre, la