‹ Œuvres Choisies de VChapitre 100 sur 109 · VI · texte numérisé non relu

VI

Neavèlle serritade des Hâirenx. — Samuel àtoM sa retraite pl-^ptte leur ksurrectioD et devient sufète ou juge. •— SuperstitioD du tcn^

A l'époque où nous sommes , c'est-à-dire après sa vision, voilà Samuel candidat sur le trottoir de la puissance ; le peuple s'occupe de lui ; on attend les

DE SAMUEL. 8i

évèiienients : Héli, tout vieux , peut moijirir à cJtia^ue instant ; le temps a'^coule ; suppoaops up. cm au ^^B deux ^ns, Sarouel a eu vingt-deux ans, du au.pl)^^ vingt-quatre; une guerre survint, les PJbilistip^Y par motif quelconque, la déclarent : les Hébreux s'assemblent; une bataille se livre au lieu nommé Aph^i ils sont battus; lem^ dévots im^Lgimept c^'a^ mener Tarche dans le eemp^ afin que JAe^ Jewh pulvérise les Philistins ; ceux-ci, d'alxHrd effrayés:, reprennent courafge : ils taillent en pièces les Hér breux» ils s'emparent de Farche, remmènent dap^ leur pays et soumettent tout Israël au tribut. Daii^ cette bataille » les deux fils d*Héli sçqt tués ; le vieillard resté à Shiloh^ apprend sur son I^aut si^ de juge ,tout ce désastre ; frappé de dégespoir , il tombe renversé , se disloque la nuque et reste mort : le siège est vacant, ouvert à Samuel; mm sa fine prudence juge le moment trop orageux : il se retire sans bruit en son pays, espérant avec raison que le peuple malheureux , vexé par Tennemi , ne sm fff^ mieux disposé à recevoir un libérateur quai^^il serfi Hemps* Ce fut long.; Samuel eut le loisir et la néççgsité de préparer de longue main les moyens qqi efiectivenaent le ramenèrent sur la scène, comu^ nous le verrons. Ce qui se pasfsa dans cet intervalle ne lui est pas directement relatif, mais parce qu^il offre iine vive image de Tesprit du tçn^is, il m#*ite de prendre place ici ^ ^

Ûarche du Dieu des Juifs était aux mains proh fanes des Philistins ; il semblerait que ce peuple ennemi eût dû profiter de Foccasfop de .détruire ce talisman dont il était lui-même épouvaji té; maisi, à cette époque, 1%. superstition était commune à. tout

es Hv^romE

le peôpie, ^ cSfee» tMrt le peupîe la corporaiîo» des ]^res atait on hrtéfêt eommim à Fentretenir , de peur ^ue le mépris d^tme idole étrangère n'^ameDàt des guerriers farouches à examiner de plus près l'idole indigèÉe: t'arche est donc respectée ; lès prêtres philistins la placent dans le temple de lenr^Beu Dogon en la vBle d*^3of. lie' leAdémiafti , en se levant, le» gens d' Azùt tronveut Fîdole de Dagon tombée sur te yîsage (posture d'adoration) à côté de l'arche ; ils relèvent Fidole et la replacent? le lèndettiain ils la retrouvent tombée encore , maïs celte foi& ses mains et sa tête séparées du corps, étaient posées sur le seuil du temple, — On peut Juger de la rumeur. BToè vînt ce tour d'audace et de foàrherîe secrète î ^Juelque Juif s'était-il introduit dans ia ville avec <>ette ruse, avec cette habileté de filouterie dont les Arabes et les paysans d'Egypte et de Palestine donnent encore de nos jours d'étonnaiïts exemples? Cela serait possible ; le fanatisme a pu y Conduire ; il parait que le temple n*avait point de sentinelles , que même il était ouvert. La sécurité de la victoire am-a banni toute vigilance ; d'autre part , ne serait-il pas possible que même les prêtres de Bcffon eussent calculé cette fourberie par le motif que j'^aî todîqué cidessus? Leur conduite subséquente; tout-â-feit partiale, va rendre cette alternative la plus probable, te peupte d^idaor n'a point dû croire son FHeu assez impuissant pour se laisser Iraiter ainsi par une torce humaine; il aura dît: « c'est Daçon lui-même » qui explique sa volonté , qui déclare son respect > pour son frère le Dieu des Juifs ? il ne veut point » le tenir captif. » L'alarme se répand, les prédiseurs annoncent quelque calamité, suite delà colère ce-

m SAMUEL. g»

lesté; sfirviemuûe maladie ép¥#émiqtfê d^întestins (notez qu*en ce pays, les henaies et les dyssenteriêî^ sont communes), puis une irruption de rats et de mulots destructeurs; les têtes s'échauffent ; tout est attribué à la captivité de Tarche; le peuple du lieii demande sa sortie; le peuple d*une autre ville où on la mène, apprenant le motif, en conçoit un surcroît d^alarme; la maladie survient par contagion ; later7 reur devient générale.

Enfin , après sept mois de déportation, les chefe militaires des Philistins appellent devant eui leurs prêtres et les devins; ils leur demandent ce qu'ils doivent faire de l'arche, c'était le cas de la brûler ; mais remarquez la réponse des prêtres; ils conseillent i)on-seulement de la renvoyer, mais encore d'y jœndre une oflk'aBde expiatoire du péché des guerriers. Ceux-ci (par un cas assez commun), non moins crédules que braves, demandent: Quelle offrande? Les prêtres jrépondent ; « faites febriquei* » cinq anus d'or et cinq rats, aussi d'or, selon le » nombre de vos principautés, pour calmer le Weu » des Hébreux. Pourquoi avez-vous «ttdurci vos » cceiffS comme le roi tf Egypte? Vous avez étéfirap* » pés copame lui ; renvoyezde mémerareliedu Dieu » des Hébr^x. »

Ici Tesprit et le système des prêtres sont évidents; ils nourrissent la crédulité publique en faveur de leur pouvoir particulier, aux dépens même désintérêts de leur propre nation ; n'aï-'je pas eu raison de dire que le tour joué à Dagon est venu de leur main?

La rentrée de l'arche chez les Hébreux est, comme déraison, accompagnée de prodiges; mais ieurexis-

Si HlSTÛIfl£.

tence proiivei^ait encore plus le ma»qoe de jugeïnent de l'écrivain que la crédulité du peuple. Cet écrivain veut que dans un seul village, où la curiosité engagea les paysans à regarder dans l'arclie , Dieu ait frappé de mort cinquante mille de ces curieux: dans le style sacerdotal c'est toujours Dieu qui tue, qui extermine ; mais comme» en ce pays-là, il n'y a et il n'y eut jamais de village de cinq mille âmes, ni même de trois mille, il est clair qu'on doit supprimer plusieurs zéros et peut-être tous ; le but de notre lévite a été d'effrayer le vulgaire et de iuer cet esprit de recherche et d'examen qui est l'effroi des imposteurs et des charlatans. L'arche fut déposée au village de Gabaa où elle resta paisible pendant vingt am. {Voy. le ch. 7, v. 2.) A la mort d'Héli, Samuel en avait vingt-deux à vingtquatre ; il était donc maintenant âgé de quarantedeux k quarante - quatre ans, dans la vigueur de l'esprit et de la maturité du jugement.

. Comment avait-il passé ce long intervalle? Le livre ne nous le dit pas, parce qu'il n'est habituelle* ment qu'une chronique sèche, un vrai squelette dépouillé de ses ligaments ; mais l'issue va nous prouver qu'il n'avait pas perdu son temps. Les circonstances étaient difficiles ; les Hébreux, accablés de deux défaites meurtrières, n'avaient plus de force morale ni militaire; l'ennemi, maître du pays, surveillait tous leurs mouvements ; sa jalousie ne leur permettait pas même d'avoir des forgerons, de peur qu'ils ne fissent des armes ; sa politique les épuisait par des tributs de toute nature, les divisait par des préférences perfides. Samuel, retiré dans son pays natal où il avait apporté sa réputation de prophète.

ne put manquer d'y iivoir des envieux , des ennemis. Où est-on prophète moins qu'en son pays? 11 fallut calmer les passions domestiques, endormir l'espionnage étranger, dissimuler son crédit, sa capacité , et cependant préparer sous main les moyens de secouer un joug Insupportable par une révolte inattendue qid n'allât pas être un coup manqué.

En efiet, au bout des vingt ans cités, cette révolte éclate ; tout-à-coup un cri de guerre appelle, assemble les Hébreux au cainp de Maspha (!)• Les Philistins arrivent bientôt pour les combattre. A la guerre, un des premiers moyens desuccèsest dans la confiance de l'homme qui se bat, surtout s'il n'apas l'habitude et Fart de se battre; ici ce n'étaiens que des paysans levés en masse, précisément commp sont encore les Druzes actuels. En de tels hommes la confiance naît de l'idée qu'ils se font de l'habileté de leur chef et de la bonté de leur position, S arauel qui eut le choix de ces deux moyens, eut déjà un grand avantage, le local de Daspha, coupé de ravins et de coteaux, au bord d'une plaine, le mit en mesure d'accepter ou de refuser le combat ; ainsi posté, on sent qu'il attend le moment favorable. 11 connaît Textrême superstition des deux partis combattants^ il lui faut quelques prodiges, quelques présages semblables à ceux de tous les anciens peuples; il épie ce qui l'entoure, il aperçoit dans l'at-

(1) De nos jours, c'est eucore le même osage chez les Druzes et leurs voisins du Kasraouau. Des hommes se placent le soir sur les hauteurs, et se transmettent de Tun à Tautrc uu cri, qui,^« moins de deux heures, pst répandu dans tout le pays.

mosphëre une iiiâicati0n d'orage; des gens apostés le pressent d'invoquer Dieu en faveur du peuple chérie il annonce un sacrifice, il immole un agneau, il invoque Jehwh à grands cris, les Philistins commencent l'attaque, le tonnerre éclate, les Juifs sont persuadés que Dieu répond à son prêtre, ils chargent avec transport, et l'çnnemi est battu. Telle est la substance du chapitre 7, revêtue des probabilités oinises par le narrateur. Le succès de cette journée fut tel, que les Philistins vgdncus rendirent les bourgs qu'ils avaient depuis longtemps usurpés, et cessèrent de troubler le peuple hébreu qu'ils avaient dominé.

Ici commence la judicature de Samuel, c'est-àdire l'exercice de ce pouvoir suprême vers lequel il tendait depuis si longtemps. Cette victoire de Maspha rétablit en une position nouvelle et meilleure ; mais il ne faut pas s'y tromper : dans un état démocratique comme était celui des Hébreux, chez un peuple de paysans répandus sur un territoire coupé de montagnes , de bois , de ravins , où chaque famille vivait sur sa propriété , où il n'existait ni surbordination municipale , ni force militaire organisée , ni même une seule ville ayant une masse de six mille habitants, on sent que l'exercice du pouvoir était soumis à une opinion morcelée , flottante , suscep^ tible de beaucoup de vicissitudes. La seule superstition était le lien général et commun ; mais cette superstition n'est pas toujours un obstacle à la Itf^te des intérêts et des passions. Dans un tel ordre de chose , On ne peut disconvenir que Samuel n*àit gouverné avec prudence et talent , puisque tout le temps de son administration fut paisible au dedans

et au dehors; la preuve de cette paix est que le narrateur passe sans aucun détail à nous dire que Samuel ne cessa plus de juger » et qu'étant devenu vieux, il établit ses enfants juges à côté de lui (pour les préparer à lui succéder) . Cette durée non exprimée comporte une vingtaine d'années, ce qui donne un âge de soixante-deux à aoixante-quatre ans à Samuel, au moment où, contre son attente, on va le forcer de nommer un roi.

§vn.

Le pett{»le rq'ette les enfants de Samuel et Iç force de nommer ua roL -» Samuel a exercé la i^rOf^stoh (Êe ddtin.

Ce contre-temps, auquel il paraît que sa divination ne s'était pas attendue, fut causé par la mauvaise conduite de ses enfants, qui semblables à ceux d'Héli, trouvèrent le secret d'irriter, de scandaliser le peuple par leurs vexations, leurs débauches, leur impiété ; de manière que nous voyons ici ce mécanisme général de l'espèce humaine, qui, sans jamais profiter de l'exemple et de l'expérience, retombe toujours dans le cercle des mêmes habitudes 4 des mêmes passions, Les pères arrivent au pouvoir pa^ beaucoup de peines ei de soins ; les enfants, nés dans l'abondance, se livrent aux écarts et aux habitudes vicieuses qu'engendre la prospérité; néanmoins, il est à croire que dans cette occasion , le , mécontentement de la multitude fut alimenté par l'opposition et la haine secrètes de familles puî^eanles, peut-être même sacerdotales , choquées d'à-

voir pour chef et maître un homme de bas étage, un intrus. 11 est à remarquer qu'encore aujourd'hui chez les Druzes et chez les Arabes, ce préjugé de famille ancienne, de famille riche et pour ainsi dire noble ^ exerce une grande influence sur i'opinîon populaire. Toujours est-il vrai qu'à Fépoque dont il s'agit, une sorte de conspiration fut formée, puisque, selon l'historien , une députation des anciens d'Israël vint trouver Samuel à sa résidence paternelle de Raniatha pour lui demander un roi, un gouverment royal <îoixsiitué comme chez les peuples voisins, dont l'exemple général lui fut allégué.

Là. réponse qu'il fit à cette députation, les détails de la conduite qu'il tint en cette affaire décèlent le dépit d'une ambition trompée , d'un orgueil profondément mécontent ; il lui fallut plier sous la force , céder à la nécessité ; mais nous allons le voir dans l'exécution porter un esprit de ruse , même de perfidie, qui, par son analogie avec ses aventures du temple, ses prétendues visions et révélations nocturnes, met à découvert tout son caractère. On le force de nommer un roi ; il pourrait, il devrait par conscience choisir l'homme le plus capable par ses talents, par ses moyens de tout genre , de remplir ce poste éminent; point du tout : un tel homme régnerait par lui-même et ne lui obéirait pas; il lui faut un sujet docile ; il le cherche dans une famille de bas étage, sans crédit, sans en tours, ayant à lu vérité cet extérieur qui en impose au peuple , mais quant au moral , n'ayant que la dose de sens nécciisaire à un cours de choses ordinaires, en sorte qu'un tel homme aura le besoin de recourir souvent à un

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bienfaiteur qui cohserTêra la ùaute'înain. SamuèF, en un mot, va chercber m l)el homme de guerre qui sera son- pouvoir exécutif, son lieutenant, tan^ dis que lui continuera cTètre le pouvoir législatif, le régnant. Voilà le seclrèt de toute la conduite qût nous allons lui voir tenir dans Télfection de SaflP, puis dans la disgrâce de ce roi et dans la substitution de David, laquelle flit un dernier trait de ma^ chiavélisme sacerdotal. Écoutons l'historien dont le récit est toujours d'une naïveté instructive et piquante.

» 11 y avait dans la tribu de Benjamin un homme » appelé Kis, grand et fort; son fils, nommé Saûî, » était le plus bel homme des enfants d^lsraël ; sa » taille était plus haute de toute la tête que celle » ordinaire. 11 arriva que les ànesses de Kis dispài- » rurent un jour ; il dit à son fils de prendre un » valet et d'aller ensemble â leur recherche. Ils » traversèrent la montagne d'Éphraîm, puis le can- » ton de Shelshah, sans rien trouver, puis encore le » canton de Salimet celui de lemini; quand ils furent » à celui de Sotrf, où vivait Samuel, Saùl voulut s'eà » retourner, mais son valet lui dit : 11 y a ici dmh » le bourg un homme de Dieu très respecté ; tout cft » qu'il dit arrive : allons le consulter; il nous échtî- » rera. Saùl répondit : Nous n*avons rien à lui pré- » senter (1). J'ai sur moi un quart de sicle d'argent*,

(1) L'ancien et indélébile usage de ces pays, Tusage de tous les peuples arabes, est, comme Ton sait, de ne jamais se présenter devant quelqu'un sans lui offrir un cadeau quelconque : ici le quatt de sicle est connu pour avoir pesé 21 grains d'argent fin, valatlt un peu moins de 5 sous de France ; mais à cett« époque, r<uteat plus rare pouvait valoir dix fois plus qu'aujourd'hui ; ce quart a pu représenter en denrées &0 de noi sous.

n reprit le yalet, je le doonerai au voyant; car alors^ » dit le texte, on appelait voyant (râh ) ce qui au- »jourd'hui s'appelle pr(4)hète{Dahia). »

Notez bien ces détails; c'est-à-dire qu*ea ces temps d'ignorance générale et de crédulité rustique, le peuple hébreu partageait avec les Grecs d'Homère, avec les Romains de Numa, avec tous les peuples de l'antiquité, la ferme croyance aux devins ^ aux dmurs d'oracles et de bonne aventure , et que Samuel fut un de ces devins là. Nos biblistes s'efforcent vainement d'imaginer des diflférences entre la divination des Juifs et celle des Païens (1) ; ce sont des subtilités sans fondement. Les mœurs tant religieuses que civiles furent les mêmes; les livres des Juifs en fournissent la preuve à chaque page, jusque dans le reproche perpétuel d'idolâtrie qui leur est fait par leurs propres écrivains ; oui, cette manie de connaître l'avenir, qui est dans le cœur humain, cet art fripon de s'en prévaloir pour se faire des rentes sur la crédulité, sont des maladies épidémiques qui n'ont pas cessé de régner dans toute l'antiquité. Voyez le tableau que Qcéron en trace dans son curieux livre de là Divination; voyez comment, sous le nom à'AukMs^ il nous dépeint, non le bas peuple seulement, mais les gouvernants, les philosophes entêtés de cette croyance, et la soutenant d'un appareil d'arguments qui ébranlerçiit encore aujourd'hui bien des gens qui s'en moquent; et comment cette croyance n'eût-elle pas dominé dans les temps passés, lorsque de nos jours, au milieu de DOS sciences, et des nombreuses classes d'hommes éclairés qui résultent du moderne système social ,

(2) Païens, paganU gens de village» paysans.

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elle n'est pas éteiaté et se retrouve encore dans les campagnes de Tltalie, de la Suisse» de la France noêine où Ton consulte le sordear; lorsque les villes sont remplies de tireurs de cartes ^ et qu'au sein même des capitales il n*a cessé d'exister des devins et des devineresses, des voyants mâles et femelles , consultés par les boorgeôis comme par lesartîsants, par les riches comme par les pauvres, par les gens d'église même comme par les laïques.

Il ne faut donc pas s'étonner que chez les montagnards juife cette croyance ait été générale, habi^tuelleet même autorisée; car on voit leur roi Saûl consulter une femme devineresse, une vraie pythie delphiqua (chap. 26), pour lui faire apparaître Samuel. Du temps de Jérémie, le rôi Joslae et les prêtres vont consulter la devineresse Holdah. Ce sei^ait un utile et curieux travail en ce temps^ci de traiter de nouveau et à fond le sujet des devins, des oracles, des revenants, des esprits aériens, sujet que dans le siècle dernier des savants tels que le hollandais Van-Dale et le français Fontenelle (i) n'ont pu qu'eflOieurer; il en résulterait, sur les procédés des anciens serviteurs et agents des temples, stu* le système de fourberie généralement adopté par les mi» nistres des cultes de toute secte, un jour de reflet dont le siècle présent, malgré son orgueil, éprouve encore le besoin. Mais je ne veux pas perdre de vue mon sujet; je reviens à Saûl et à son valet , en chemin pour consulter le voyant

« Ils montent vers le bourg; ils rencontrent des » femmes et des filles qui venaient à la fontaine

(l)Toutrcceniruent M. Clavier^ dans son livre des Oirâcles.

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n chercher dé l'eau ; ils leur disent : Le voyant est- « il ici ? Elles répondent : Il y est venu , parce qu'il fait aujourd'hui un sacrifice sur le haut lien; en vous pressant, vous le trouverez avant qu'il y arrive pour manger, car il a invité du monde. Ils entrent, et bientôt ils trouvent Samuel qui venait en face d'eux, s'acheminant vers le haut Meu. Or Dieu avait le jour précédent révélé à Samuel l'arrivée de Saûl, en lui disant : Demain je t'enverrai l'homme de Benjamin que tu sacreras chef de mon peuple; et Samuel ayant regardé Saûl, Dieu lui dit (à l'oreille) : Voilà cet homme. Saûl s'avança et dit à Samuel : Indiquez-moi le logis du voyant. Samuel répondit : C'est moi; montez devant moi au lieu haut, vous mangerez aujourd'hui avec moi ; demain je vous renverrai après vous avoir dit tout ce qui est dans votre cœur; quant à vos ânesses égarées depuis trois jours, n'en prenez souci, elles sont trouvées. Eh! tout ce qu'il y a de bon et de meilleur dans Israël, à qui sera-t-il, sinon à vous et à la maison de votre père? Saûl (étonné) répondit : Ne suis-je pas un Beojamite de la moindre tribu d'Israël, et des moindres familles de la tribu? Pourquoi me parlez-vous de la sorte? Et Samuel fit entrer Saûl et son valet » dans la salle du repas où étaient environ trente » convives ; et Samuel dit au cuisinier : « Donnez à » ces deux étrangers le morceau que je vous ai fait » mettre à part; » et le cuisinier leur donna une » épaule entière (de mouton) (1). Ensuite étant

(1) L'épaule et le bras étaient l'emblème et même Texpression de la force active et du pouToir.

» ile vernis au bc^urg, Samuel entretint Saûl ^rU n terrasse (toute k soîirée)^ et, à la pointe du jour^ » Samuel vint dire à Saul : « Vous potirez partir, w » £t comme ils dedceadaieiit du bourg, il lugt dit » encore : « Faites paisser votre valet devant nousi » mais vous, restez iei, j'ai à vous dire Ja parole de » Dieu. ».

Que penseï-Yous» mon ami, de tout ce narré?

Croyez^vous <pie ce soit par ba$ârd que lœ axasses de Kis aient disparu, et que Saul ait été ametlé à It maison (k Samuel ? Permis à ceux qui croient ftux voyants, aus: devins, et à la surveillance par Ucttlièr)^ du Dieu de l'univers pour faire retrouver des âneisr ses : mais pour qui n'a pas perdu ou abjuré le sçqs le plus commun, il est clair que tout ceci est une manœuvre astucieuse, secrètement ourdie pour ar^ river à un but projeté. On ne peut douter que Samuel, bomme si répandu dans Israël, n*ait dçji connu la personne de Saûl ; il a cru son caractère propre à ses fins ; mais pour s'en assurer préciser ment, il a fallu causer avec lui ; il n'a pu déceiur ment aller le trouver, il a dû le faire venir ; il a dit à un dévoué, comme en ont toujours les hommes de cette trempe : « Dieu veut éprouver son servi- » teur Kis; va, détourne ses ânesses, et mène-les à » tel endroit. » L'homme a obéi : voilà Saûl en rer cherche. Il ne trouve rien. En pareil cas, combien de paysans suisses, bavarois^ tyroliens, bretons, vendéens, iraient chez le devin? Or rien de plus facile à ce devin que d'aposter des gens sur la route que dut suivre Saûl; elle était prévue par Samuel ; il projeta le sacrifice et le repas d'après ce calcul; la portion mise à part pour un convive absent en

u nsioiftR

Mt la pfemë. Lwsqu'il a eu SatU^nsa maison, il a employé la soirée à le soii^to* de toutes manières; il l*a préj^ré à son noa^esa tàte; Èmaiem^^t, il écarte le servifeeuv, et mystérieus^ent, sans télaoln, il eiéoule la grande, rimportante cérémonie de hd ^«rser m» peu d^hoile sur la tète (notez bien cette circonstance, il l'oint sans témoins^ en secret, pour un effet qui sera puUk) : illui-:dDiiQe im baiser, ^ le teste; il lui déclare que 4e ce nion^nt Di^i Ta sétcré roi inemnnmtadte, inâflhçahie d'Israël A oe point ée leur intimité, on sent que la confidence a été complète : Saftl a connu et accepté les INTopositions et les conditions cte SamueL Gelui-ci, quA a mesuré Te^rit de son client, pour le subjagtier de plus en plus, lui fort diverses ppédictions «d^un accomplissement immédiat* <t En retournant p chez vous, lui dit-il, vous allez rencontrer à tel » endroit deux hommes qui vous diront que votre » père a retrouvé les Anesses; plus loin, vous tron-

• verez trois hommes allant à Beitel : il vous diroot -»> telle chose ^ ils vous feront telf^êsent. Plus loio, à la w colline des Philistins, vous trouverez la procession » des prophètes descendant du haut Heu, au son des » lyres, des tambours {de basque), des flûtes (à » sept tuyaux) et des guitares* L'esprit de Dieu

• vous saisira; vous prophétiserez avec eux, et vous > seres changé en un autre homme. Quand ces si- » gnes vous seront arrivés, vous^ ferez ce que vous » voudrez. Dieu sera avec vous ; vous viaidrez me » trouver à Galgala pour faire un sacrifice ; j'y

• descendrai pour feire les offrandes padâcatoires ; » vous attendrez sept jours mon arrivée, et je » vous ferai ocmnatire ce que vous ferez. Saûl

IHBSAIfmL. «s

» s'en alla , et toot ce cpie lui avait prédit Samuel » lui arriva, i

SI l'on pvend garde, on ne verra là rien de mlpa^ culeftK; il tût fboile à Saïbiiel d^organijser toutes ces yenoontireiv et mtmt de calealer le temps et le lieu delà prœessiOBdes prophètes, cérémonie religieuse, qui, par cette raison, dut avoir ses jours et heures fixes.

Qa*étaît-ce ^e les prophètes de la confrérie des prophètes che^ le» andens

Juifs?

Autrefois je ne comprenais point ce que pouvaient être ces prophètes formant un cordon (1) , une file d'hommes nus ou presque nus, dansant, chantant, échevelés, marchant au son des instruments (comme David devant l'arche). Je ne pouvais allier cette idée avec celle que je me faisais d'Isaïe, de Jérémie,^ d'Amos, de Nahum, etc., qui nous sont peints comme des hommes graves, écoutant en silence le souffle çles vérités sublimes. Aujourd'hui que je connais ce pays, le caractère de ses habitants , je vois dans les mœurs actuelles la solution la plus simple du problème.

11 faut savoir que dans tous les pays musulmans il existe des confréries de dévots qui s'associent pour certaines pratiques et cérémonies, qu'eux-mêmes s'imposent, ou qui leur sont dictées par des chefs ^

(i) Le mot hébreu Aaô/ signifie positivement un câble, un cordon, une c haine.

96 HISTCHRE

à le lÂeD prendre, la mêoie chose n'a-t-ette pas lieu en Espagne, en Italie ?n'a-t-elle pas eu. lieu dans la Frwice, F Angleterre, FAUemigne, dans toute la chrétienté, quandy r^mit la ferveiir râleuse? i^ je recherche les motifs de ces associatioQS voloittaires , j'en trouve plusieurs ; les nos naturels , dérivés de rcM*gdnisatio&t même de rhainiiie,.le$ autres artificiels, dérivés de Fétat social.

L'homme, organisé comme il est, ne peut vivre ni solitaire, ni silencieu^, >ni immobile. Ses nerfs ont le besoin, la nécessité cTagir, comme son sang de circuler : ces nerfs sont construits de manière que si le fluide de sensibilité y est en surabondance, son évacuation, sa sécrétion deviennent aussi nécessaires que Févacuation d'un excès de sang pu de sucs alimentaires. D'autre part, la nature a voulu , par un mécanisme singulier , que deux êtres humains ne pussent être en présence l'un de Fautre sans que leur système nerveux ne se mût réciproquement. De ces bases physiques, il aj['ésulté que » ' dans Fétat social, les hommes ont eu le besoin coustant de se communiquer leurs idées , leurs sensations, leurs passions, et de s'associer selon les lois de sympathie, ou d'intérêt^ variables dans leur application.

La facilité ou la difficulté de ces communications et associations forme ce que Fou appelle la liberté civile et politique. Là où existe cette liberté réglée par les usages ou les lois, le mouvement est paisible et sans secousses. Là où elle est contrariée , contrainte par la force, Fhomme s'agite en tout sens pour vaincre ou éluder les obstacles , et pour dépenser d'une manière quelconque son activité, sa

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