‹ Œuvres Choisies de VChapitre 102 sur 109 · CHAPITRE XXI. M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. M

Voilà le Téleute, qui se le représente, vêtu de toutes couleurs, ressemblant à un soldat russe; voilà le Kamtschadale qui, trouvant que tout va mal dans oe monde et dans son climat, se le figure un vieillçtrd capricieux et chagrin^ fumant sa pipe, et chassant en traîneau les renards et les martres ; enfin, voilà cent nations sauvages qui, n'ayant aucune des idées defr peuples policés sur Dieu, ni sur lame, ni sur un monde ultérieur et une autre vie, ne forment aucun système de culte, et n'en jouissent pas moins de* dons de la nature dans l'irréligion où elle-même les a créées.

CHAPITAE XXI.

Cependant les divers groupes s*étant placés, et un vaste silence ayant succédé à la rumeur de la multi* tude, le législateur dît : ce Chefs et docteurs des pea-^^ pies, vous voyez comment jusqu'ici les nations, vivant isolées, ont suivi des routes différentes : chacune croit suivre celle de la vérité ; et cependant si la vè^ rite n'en a qu une, et que les opinions soient opposées, il est bien évident que quelqu'un se trouve ea erreur. Or, si tant d'hommes se trompent, qui osera garantir que lui-mémen'est pas abusé ?Conmieneez donc par être indulgents sur vos dissentiments et sur vos discordances. Qierchons tous la vérité comme si nul ne la possédait* Jusqu'à ce jour les opinions qui

iHù LES RUINES.

cmt gouverné la terre, produites au hasard, accréditées par Tamour de la nouveauté et par rimitation, propagées par Fenthousiasme et Fignorance populaires, ont en quelque sorte usurpé clandestinement leur empire. Il est temps, si elles sont fondées, de donner à leur certitude un caractère de solennité, et de légitimer leur existence. Rappelons-les donc aujourd'hui à un examen général et commun ; que chacun expose sa croyance, et que tous devenant le juge de chacun, cela seul soit reconnu vrai, qui Vest pour le genre humain. »

Alors la parole ayant été déférée par ordre de position au premier étendard de la gauche : Il n'est pas permis de douter, dirent les cheft, que notre doctrine ne soit la seule véritable , la seule infaillible. D'abord elle est révélée de Dieu même...

Et la nôtre aussi, s'écrièrent tous les autres étendards ; il n'est pas permis d'en douter.

Mais du moins faut-il Texposer, dit le législateur ; car Ton ne peut croire ce que Ton ne connaît pas.

Notre doctrine est prouvée, reprit le premier étendard, pardes/ai7« nombreux, par une multitude de miracles, par des résurrections de morts, des torreats mis a sec, des montagnes transportées, etc.

Et BOUS aussi, s'écrièrent tous les autres, nous svoûs une foule de miracles; et ils commencèrent chacun à raconter les choses Içs plus incroyables.

Leurs miracles, dit le premier étendard; sont des prcdige$ supposés ou des prestiges de l'esprit maA», qui les a trompés.

: Ce sont les vôtres, répliquèrent-ils, qui sont supposa ; et chacun parlant de soi, dit : Il n'y a que ks nôtres de véritables ; tous les autres sont des faus* selesir

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