‹ Œuvres Choisies de VChapitre 103 sur 109 · CHAPITRE XXL 4<M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL 4<M

Et le législateur dit : Âyez*vous des témoins vivants?

Non, répondirent-ils tous : les feits sont anciens, les témoins sont morts ; mais ils ont écrit.

Soit, reprit le législateur ; mais s'ils sont en contradiction, qui les conciliera ?

Juste arbitre I s'écria un des étendards, la .preuve que nos témoins ont vu la vérité, c'est qu'ils sont morts pour la témoigner y et notre croyance est scdlée du sang des martyrs.

Et la nôtre aussi, dirent les autres étendards : noiis ^vons des milliers, de martyrs qui sont morts dans des tourments affreux, sans jamais se démentir. Et alors les chrétiens de toutes les sectes, les musulmans, les Indiens, les Japonais, citèrent des légendes sans fin de confesseurs, de martyrs, de pénitents, etc.

Et Fun de ces partis ayant nié les martyrs des autres : Eli bien ! dirent-ils, nous allons mourir pour prouver que notre croyance est vraie.

Et dans l'instant une foule d'hommes de toute rdigion, de toute secte, se présentèrent pour souffrir des tourments et la mort. Plusieurs mêmes commencèrent de se déchirer les bras, de se frapper la tête et la pc^ trine, sans tén^oigner de douleur.

Mais le législateur les arrêtant : O hommes 1 leur dit-il, écoutez de sang-froid mes paroles : si vous mouriez pour prouver que deux et deux font quatre, œk les ferait-il davantage être quatre ?

Non, répondirent-ils tous.

£t si vous mouriez pour prouver qu'ils font cinq, cela les ferait-il être cinq?

Non, dirent-ils tous encore.

Etï bien! que prouve donc voire persuasion, si die ne change rien à l'existence des choses? La vérité

409 LES MIDIBS.

est une, vos opinions sont diverses ; donc plusieurs de vous se trompent. Si, comme il est évident, iIsson« fenuaiis de l'erreur, que prouve la persuasion de Tbomme?

& l'erreur a ses martyrs, où est le cachet de la vérité?

Si l'esprit malin opère des miracles, où est le caractère distinctif de la Divinité?

Et d'ailleurs, pourquoi toujours des miracles incomplets et insuffisants? Pourquoi^ au lieu de ces bouleversements de la nature, ne pas changer plutôt les opinions? Pourquoi tuer les hommes ou les effirayer, au lieu de les instruire et de les corriger?

O mortels crédules, et pourtant opiniâtres! nul de nous n'est certain de ce qui s'est passé hier, de ce qui se passe aujourd'hui sous ses yeuit, et nous jurons dece qui s'est passé il y a deux mille ans.

Hommes faibles et pourtant orgueilleux I les lois de la nature sont immuables et profondes, nos esprits sont pleins d'illusion et dé légèreté ; et nous voulons tout démontrer, tout comprendre ! En vérité, il est plus facile à tout le genre humain de se tromper que de dénaturer un atome.

Eh bien ! dit un docteur, laissons là les preuves de fait, puisqu'elles peuvent être équivoques ; venons aux preuves du raisonnement^ à celles qui sont inhérentes à la doctrine.

Alors un imam de la loi de Mahomet s'avançant plein de confiance dans l'arène, après s'être tourné vers la HMàe et avoir proféré avec emphase la profemaM de foi : « Louange à Dieu 1 dit-il d une voix grave et impo* santé! La lumière brille avec évidence, et la vérité n'a pasbesoin d'examen : » et montrant le Qôran : c< Voilà û lumière et la vérité dans leur propre essence. /( n y

eHAWTBE XXI. m

ù pdnt de dôUU en ce livre ; il conduit droit celui qui mareke aveuglément^ qui reçoit sans discussion la parole divine descendm sûr te Prophète pour sauver le simple et confon^ ère k savant. Dieu a établi Mahomet son ministre sur la terre; il lui a livré le monde pour soumettre par le sabre èelui ifui refuse de croire à sa loi : les infidèles disputent et M veulent pas croire; leur endurcissement vient de Dieu; il a scellé leur cœur pour tes livrer à d'affreux châtia ments....{l).»

A ces mots un violent murmure, élevé de touteè parts, interrompit Torateur. « Quel est cet homme, È*écrièrent tous les groupes, qui nous outrage aussi gratuitement? De quel droit prétend-il nous imposer «à croyance comme un vainqueur et comme un tyran ? Dieu ne nous a-t-îl pas donné, comme à tuiy des yeux, un esprit, une intelligence? et n'avons-nous pa3 droit d'en user également^ pour savoir ce que nous devons rejeter ou croire? S'il a le droit de nous attaquer, n'avons-nous pas celui de nous défendre? S'il lui à plù de croire sans examen, ne sommes-nous pas, inaUresà^ croire avec discernement?

« Et quelle est cette doctrine lumineuse qui craint la lumière ? Quel est cet apôtre d'un Dieu clément, qui ne prêche que meurtre et carnage? Quel est ce Dieu de, justice, qui punit un aveuglement que lui-même cause? Si la violence et la persécution sont les arguments de la vérité, la douceur et la charité seront-elles les indices du mensonge ?» ,

Alors un homme s' avançant d'un groupe voisin vers l'imam, lui dit : « Admettons que Mahomet soit Tapôtre de la meilleure doctrine, le prophète de la

(1) Ces paroles son( le seos et pres(}UG le lexlç lUiëral du premier chapitre du Qôran.

la^ LES RUINES.

vraie religion ; veuillez du moins nous dire qui nous devons suivre pour la pratiquer : sera-ce son gendre ii/i, ou ses vicaires Omar et Aboubckre (1)?»

 peine eut-il prononcé ces nams^ qu'au sein même des musulmans éclata un schisme terrible : les partisans d'Omar et d'i/t, se traitant mutuell^nent d'héré- Uque^y d'impiesj de sacrilèges^ s accablèrent de malédictions. La querelle méme^ devint si violente qu'il fallut que les groupes voisins s'interposassent pcmr les empêcher d'en venir aux mains.

Enfin, le calme s'étant un peu rétabU, le législateur dit aux imans : « Voyez quelles conséquences résultent de vos principes! Si les hommes les mettaient en pratique, vous-mêmes^ d'opposition en opposition, vous détruiriez jusques au dernier ; et la première loi de Dieu n'est-elle pas que Y homme vive ? Puis s'adressant aux autres groupes-: « Sans doute cet esprit d'intolérance et d'exclusion choque toute idée de justice, renverse toute base de ^orale et de société ; cependant, avant de rejeter entièrement ce code de doctrine, ne conviendrait -il pas d'entendre quelques-uns de ses dogmes, afin de ne pas prononcer sur les formes^ sans avoir pris connaissance du fond? »

Et les groupes y ayant consenti, l'imam cojnmença d'exposer comment Dieti^ après avoir envoyé vingtquatre mille prophètes aux nations qui s'égaraient daus l'idolâtrie, en avait enfin envoyé un dernier y le sceau de la perfection de tous f Mahomet ^ sur (jui soit le salut de paix; comment, afin que les infidèles n altérassent plus la parole divine, la suprême clémence avait elle^me tracé Us feuillets du Qoran : et détaillant les dogmes del'isla-

(I) Ce sont ces deux grands partis qui divisent les mosulmans. Les Turcs ont embrassé le second, les Persans le premier.

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