‹ Œuvres Choisies de VChapitre 104 sur 109 · CHAPITRE XX[ IM · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX[ IM

misme, l'imam expliqua comment» à titre de patate de DUu^ le Qàran était ina^ééy éternel^ ainsi que la source dont il émanait ; comment il avait été envoféfemllei par feuillet en vingt-quatre mille apparitions nocturnes de fange Gabriel; cœnment Tange s'annonçait par un petit cliquetas j gui saisissait le Prophète d'une sueur froide; oornsment, dans la vision d'une nuit, il avait parcouru ^uatre^vingt^ix cieux^ monté sur l'animal Borag^ moUii cheval^ moitié femme ; commeat^ doué du don des mi^ racles, il marchait au soleil sans, ombre, faisait reverdir d'un seul mot les arbreSy remplissait d'eau les puitSy les citernes y et avait fendu en deux le disque de la lune; com^ mentf chargé des ordres du ciely Mahomet avait propagé> le sabre à la main, la religion ta plus digne de Dieu par sa sublimitéy et la plus propte aux hommes par la simplicité de ses pratiques, puisqu'elle ne consistait qu'en huit ou dix points : professer l'unité de Dieu ; reconnaitre Mahomet pour son seul prophète; pilier cinq fois par jour; jeûner un mois par an; aller à ta Mekke une fois dans sa vie; donner la dime de ses biens; ne point boire dé vin, tu point manger de porCy et faire la guerre aux infidèles ;qa' à ce moyen, tout musulman devenant lui-même apôtre et martyr, jouissait, dès ce monde, d'une foule de biens; et qu'à sa mort, son ame, pesée dans la balance des œuvres^ et absoute par les deux anges noirs^ traversait par-dessus l'enfer le pont étroit comme un cheveu et tranchant comme un sabre; et qu'enfin elle était reçue dans un lieu de délices ^ arrosé de fleuves de lait et de miel, embaumé de tous les parfums indiens et arabes, où des vierges toujours chastes, les célestes houris^ comblaient de faveurs toujours renaissantes les élus toujours rajeunis.

 ces mots, un rire involontaire se traça sur tous les visages; et les divers groupes, raisonnant. sur ces

4M LES RUllffiS.

articles de croyance, dirent unanimement : GoÛh ment se peut-il que des hommes raisonnables ad*» mettent dételles rêveries? Ne dirait <)n pas entendre lin chapitre des Mille et une nnitê f

Et un Sainotjède s^avançant dans Farène : Le ptfm<* dis de Mahomet, dit-il, me paraît fort bon ; inats uH dês moyens de le gagner m'embarrasse; car s*il «né Isut ni boire ni manger entre deux sôleih^ ainsi qn^Q tofdonney comment pratiquer un tel jeûne dans notre pays, où le soleil reste sur l'horizon quatre mois entière sans se coucher f

Gela est impossible, dirent les docteurs musulman» pour soutenir Thonneur du Prophète ; mais cent peuples ayant attesté le fait, rinfaillibilité de Mahomet né laissa pas que de receToir une fâcheuse atteinte.

Il est singulier, dit un Européen, que Dieu ait sans cesse révélé tout ce qui se passait dans le ciel, sans jamais nous instruire de ce qui se passe sur lâ terre.

Pour moi, dit un Américain, je trouve une granch difficulté au pèlerinage; car supposons vingt-cinq ans par génération, et seulement cent millions de mftles sur le globe : chacun étant obligé d'aller à la Mekke une fois dans sa vie, ce sera par an quatre millions d'hommes en route; on ne pourra pas revenir dans la même année ; et le nombre devient doublé, c'est-à-dire de huit millions : où trouver les vivres, la place, l'eau, les vaisseaux pour cette procession imiverselle? Il faudrait bien là deîs miracles.

La preuve, dit un théologien catholique, que la religion de Mahomet n'est pas révélée, c'est que la plupart des idées qui en font la base existaient longtemps avant elle, et qu'elle n'est qu'un mélange

cnÂntRE XXI. m

coûfos de véritéà altérées de notre sainte religion e* de celle des juife, qu'un homme ambitieux a fait servir à ses projets de domination et à ses vues mondai-' nés. Parcourez son livre ; vous n'y verrez- que de» histoires de la Bible et de l'Evangile, travesties en Contes absurdes, et du reste un tissu de déclamations contradictoires et vagues, de préceptes ridicules oti dangereux. Analysez l'esprit de ces préceptes et Itt conduite de Tapôtre ; vous n'y verrez qu'un caractère rusé et audacieux, qui, pour arriver à Son but, remua assez habilement, il est vrai, les passions du peuplé qu'il veut gouverner. Il parle à des hommes simples et crédules, il leur suppose des prodiges; ils sont ignorants et jaloux, il flatte leur vanité en méprisant la science; ils sont pauvres et avides, il excite leur cupidité par l'espoir du pillage ; il n'a rien à donner d'abord sur la terre, il se crée des trésors dans le4 cieux ; il fait désirer la mort comme un bien suprême; il menace les lâches de Tenfer ; il promet le paradiâ aux braves ; il affermit les faibles par Topinion de là fatalité; en un mot, il produit le dévouement dont il a besoin par tous les attraits des sens, par les mobiles de toutes les passions.

Quel caractère différent dans notre doctrine ! et combien son empire, établi sur la contradiction dé tous les penchants, sur la ruine de toutes les passions^ ne prouve-t-il pas son origine céleste î Combien ^à morale douce, compatissante, et ses affections toutes spirituelles n'attestent-elles pas son émanation de là Divinité? II est vrai que plusieurs de ses dogmes s'élèvent au-dessus de Fentendement, et imposent à là raison un respectueux silence; mais par là même sa révélation n'est que mieux constatée, puisque jamais les hommes n'eussent imaginé de si grands mystères.

fùê LES RDWES.

£t tenant d'une main la Bible^ et de l'autre^ les quatre Epongites^ le docteur commença de raconter que^ dans rorigine^ Dieu ( après avoir passé une éternité sans rien faire) ipnt enfin le dessein ^ sans motif connu, de produire le monde de rien ; qu'ayant créé Tuaivers entier en six jours, il se trouva fatigué le septième ; qu'ayant placé un premier couple d'humains dans un lieu de délices ^ pour les y rendre parfaitement heureux 9 il leur défendit néanmoins de goûter d'un fruit qu'il leur laissa sous la main ; que ces premiers parents ayant cédé à la tentation, toute leur race (qui n'était pas née) avait été condamnée à porter la peine d'une faute qu'elle n'avait pas commise ; qu'après avoir laissé le genre humain se damner pendant quatre ou cinq mille ans, ce Dieu de miséricorde avait ordonné à un fils bien-aimé, qu'il avait engendré sans mère, et qui était aussi âgé que lui, d'aller se faire mettre à mort sur terre; et cela, afin de sauver les hommes, dont cependant depuis ce temps-là le très-grand nombre continuait de se perdre; que, pour remédier à ce nouvel inconvénient, ce dieu, né d'une femme restée vierge, après êti'e mort et ressuscité, renaissait encore chaque jour; et, •ous la forme d'un peu de levain, se mijiltiplait par milliers à la voix du dernier des hommes. Et de là passant à la doctrine des sacrements, il allait traiter à fond de la puissance de lier et de délier, des moyens de purger tout crime avec de l'eau et quelques paroles ; quand, ayant proféré les mots indulgence, pouvoir du pape, grâce svffisante ou efficace, il fut int^^ rompu par mille cris. C'est un abm horrible, dirent les luthériens, de prétendre, pour de Vargent, remettre les péchés. C'est une chose contraire au texte de l'Evangile, dirent les calvinistes, de su|^oser une pré*

CnAPlTHE XXÎ. 409

sence véritable. Le pape n'a pas le droit de rien décider par lui-même, dirent lès jansénistes : et trente sectes à la fois s'accusant mutuellement d'hérésie et d'erreur, il ne fut plus possible de s'entendre.

Après quelque temps, le silence s'étant rétabli, les musulmans dirent au législateur : Lorsque vous avez repoussé notre doctrine, comme proposant des choses incroyables, pourrez-vous admettre celle des chrétiens? n'est-elle pas encore plus contraire au sens naturel et à la justice? Dieu immatériel y infini^ se faire homnie ! av ir un fils aussi âgé que lui ! ce dieu-homme devenir du pain que Ton mange et que l'on digère I avons-nous rien de semblable à cela? Les chrétiens ont-ils le droit exclusif d!e\\Qer une foi aveugle? et leur accordere - ous des privilèges de croyance à noire détriment?

Et des hommes sauvages s'étant avancés : Quoi, dirent-ils, parce qu'un homme et une femme, il y a six mille ans, ont mangé une pomme, tout le genre humain se trouve damné, et vous dites Dieu juste!. Quel tyran rendit jamais les enfants responsables des fautes de leurs pères ! Quel homme peut répondre des actions d'autrui ! N'est-ce pas renverser toute idée de justice et de raison?

Et où sont, dirent d'autres, les témoins, les preuves de tous ces prétendus faits allégués? Peut-on les recevoir ainsi sans aucun examen de preuves? Pour la moindre action en justice il faut deux témoins ; et l'on nous fera croire tout ceci sur des traditions, des ouï-dire !

Alors un rabbin prenant la parole : « Quant aux faits, dit-il, nous en sommes garants pour le fond : à l'égard de la forme et de l'emploi que Ton en a fait, le cas est différent, et les chrétiens se condam^

m us Roeiis.

nent ici par leurs propres arguments ; car ils ne peuvent nier que nous ne «oyons la source originelle dont ils dérivent, le tronc primitif sur lequel ils se • sont entés ; et de là un raisonnement péremptoire : Ou notre loi est de Dieu, et alors la leur est une hérésie, puisqu'elle en diffère ; ou notre loi n'est pas de Dieu, et la leur tombe en même temps. »

Il faut distinguer, répondit le chrétien : votre loi est de Dieu, comme figurée et préparalivey mais non pas comme finale et. absolue; vous n'êtes que le simula-cre dont nous sommes la réalité.

Nous savons, repartit le rabbin, que telles sont vos prétentions ; mais elles sont absolument gratuites et feusses. Votre système porte tout entier sur des bases dé sens mystiques y à! interprétations visionnaires et allé'goriques; et ce système, violentant la lettre de nos livres, substitue sans cesse au sens vrai les idées les plus chimériques, et y trouve tout ce qu'il lui plaît, comme une imagination vagabonde trouve des figures dans les nuages. Ainsi, vous avez fait uA messie spiri^ tuel de ce qui, dans l'esprit, de nos prophètes, n'était qu'un roi politique : vous avez fait une rédemption du genre bumain de ce qui n'était que le rétablissement de notre nation ; vous avez établi une prétendue conception virginale sur une phrase prise à contre-sem. Ainsi vous supposez à votre gré tout ce qui vous convient ; vous voyez dans nos livres mêmes votre trinilé , quoiqu'il n'en soit pas dit le mot le plus indirect, et que ce soit une idée des nations profanes, admise avec une foule d'autres opinions de tout crflte et de toutç secte, dont se composa voti* système dans le chaos et l'anarchie de vos trois premiers siècles.

À ces mots, transportés do fureur et criant au ««•

ml^f m èhêphimêi le« doM^iv ehrétiaM voulorent »'él«{i<Kr Air le juif Et des moÂin» bigarrés die^noir té de blanc S' étant avancés avec un drapeau où étaient peînto de^ienaiUeif un §rilf un bûcher et ces mots : juMm^ ^luirUéj&tmiimeçrde i « Il faut, dirent^ils^iaire un acte de foi dç ces impw, et les brûler pour la gloire de Dieu« » Et déjà ils traçaient le plan d'un bucber, quand les musulmans leur dirent d'un ton ironique : Voilà donc cette religion de pata?, cette morale humbU et b'ienf^miUi que vous nous avez vantée? Voilà cette cha* rite évanfféiiqiêe qui ne combat V incrédulité que par la H^ucmtfy et n'oppose aux ir^ureg que la paiience I Hypo^ entes 1 c'est ainsi que vous trompez les nations ; c'est ainsi que vous avez propagé vos funestes erreur&l Avez^vous élé ftiibles, vous avez prêché la liberiéy la ii^lér^wity la paix: étechvous devenus forts, vous avca ppratiqiié la perêéculiom, la violence.*.

Et ils allaient commencer l'histoire des guerres et dea mairtres du ebrislianint^ef quand le législateur, ré*% clamant lesilence, suspendit cemouvement de discorde*

« Ce n'est pas nous, répondirent les moines bigiur^ réa> d un ton de voix toujours humble et dwxt ce n^est pas nous que nou$ voulons veogeri c'est la cause de Dieu, c'est sa gloire que nous défendons, n .

£t de quel droit, repartirent les maïai^, voua cemM^ iueM^'ifûUê êts npréêtnlanis plus que mu$ f Âvez-voua des frivUéfeê que noua nei^on$ pa$? étes-voiis à^êukes hommes p» nous F

Uéfendre Dieu^ dit un autre groupe, prétendre le venger, n'est-ce pas insulter sa sagesse, sa puissance? Ne aail-il pas mieux que les hommes ce qui oonyient à sa dignité?

Oui, mais tes voies sont cachées , reprirent le» moines*

lit LES tQIRB&

« Et il vom restera toujours i prouver, repartirent ks rabbins, que vous avex le privilège exclusif de les comprendre. » Et alors, fiers de trouver des soutiens de leur cause, les juifs crurent que leur loi allait triom* plier, lorsque le nidfod (grand-prétre) des JPamt, ayant demandé la parole, dit au légi^ateur :

a Nous avons entendu le récit des juifs el des chrétiens sur l'origine du monde; et, quoique altéré, nous y avons reconnu beaucoup de choses que nous admettons; mais nous réclamons contre l'attribution qu'ils en font à leur prophète Moïse, d'abord parce qu'ils ne sauraient prouver que les livres inscrits de son nom soient réellement son ouvrage; qu'au contraire nous offrons de démontrer par vingt passages positifs, que leur rédaction lui est postérieure de plus de six siècles, et qu'elle provient de la connivence manifeste d'un grand-^prétre et d'un roi désignés; qu'en-r suite, si vous ))arcourez avec attention le détail des lois, des rites et des préceptes présumés venir directement de Moïse, vous ne trouverez en aucun ?irticle une indication, même tacite, de ce qui compose aujourd'hui la doctrine théologique des juifs et de leurs enfants les chrétiens. En aucun lieu vous ne verrez de trace, ni de YimmorlalUé de Yame, ni d*une me «A^ rieure, ni de Yen fer et du paraéisj ni de la révolte de Yangey frineifat auteur ées maux du genre humainj etc.

a Meïse n'a point connu ces idées, et la raison en est péremptoire, puisque ce ne fut que plus de deux siècles après lui que notre prophète Zeriaust^ dit Zoroastrey les évangélisa dans l'Asie. ... Aussi, ajouta le mébed en s'adressant aux rabbiusy n'est-ce que depuis cette époque, c'est-à-dire après le siècle de vos prfrp mîers rois, que ces idées apparaissent dans vos écrivains ; et elles ne s'y montrent que par degrés, et

DE SAMUEL. 4 là

se trouvent chez les Grecs, chez les Romains, chez tous les Barbares anciens, et alors il faut croire que leurs voyants, que leur devins eurent aussi le don des prodiges; mais admettons le récit et le fait: nous avons encore le droit de dire que Samuel, plus habile en toutes choses morales et physiques que son peuple de paysans superstitieux, avaitvu les indices précurseurs d'un orage, qui d'ailleurs n'est pas chose rare à cette époque de Tannée. Moi-même, voyageur, n'en ai-je pas vu aux derniers jours de décembre où le cas est bien plus singulier î

En résultat, le peuple prit une nouvelle confiance dans la puissance de Samuel, et c'était là ce que voulait ce roi ecclésiastique pour ne pas perdre la tutelle de son lieutenant royaL

Broufllerie et mpture de Samuel avec Saul. — Ses motifls probable!.

A cette époque Saûl devait être un homme âgé, pour le moins, de quarante ans; cardans la guerre des Philistinô qui va éclater tout à l'heure^ son fils Jonathas se montre un guerrier déjà capable de laits d'armes hardis et brillants. Comment se fait-il donc que le texte hébreu et toutes ses versions nous disent que Saûl était âgé d'un an quand il régna ? Les interprètes ont voulu corriger cela par diverses subtilités ; il n'est à cette erreur qu'une bonne solution. Le texte hébreu ne porte point le mot wn, il dit sèchement : Saul était âgé de.... an; il est clair

i«4 BIMPOiRE

que dan» te maDOscf it premier, 90lirce des autres, le nombre «$t r^i^té en blaue, parce que Tauteur (présumé Bsdrsis) ouMia ou ne pfil éiablir le nombre, çt la preuvff ou Tiodice de ee fait est que la version grecque présumée faitesur ce manuscrit a totalement supprimé Tarticle. Je reviens à SaûL

Il fut naturel h pe nouveau roi d'être enflé de son premier et brillant succès, de sa subite et haute fwtune : aussi le voit-on très peu de temps après œtte aâsem))4ée décider la guerre aux Philistins : divers incidents mentionnés donnent lieu de soupçonner que ce fut contre Tavis de 8amilei, et que ^ là naquit entre eux cette mésintelligence que aoua aUons voir éclater. Samuel put, avec raisoB , représenter à Saûl « que les Philistins étaient puis- » sauts, aguerris, redoutables ; que leur commerce » maritime, rival de celui des Sidoniens et des Ty- » riens (1), leur donnait deé moyens d'industrie su- » périeurs àceui des Hébreux ; que ceux-ci quoique » laissés en paix sous sa judicature n'étaient ce- » pendant pas en élat complet d'indépendance ni 9 de résistance puisqu'ils n'avaient pas même la li- » berté d'avoir des forgerons ( ctiap> XIII, v. 19 ), » pour la^riquer leurs faux, leurs socs (lectiarriie et > à pjius forte raison des la&ces (2) ; que le mieux » était de temporiser. »

(1) L*historién Judtîn refll««*qtte qu'à nne éj^oque qm eut être lî on 1,200 ans avant àotre ère, tes Philîstibi» gâtaient emparés de Sidpn , ei que œ fut à cette occasite que tes éknigrés de cette viAe bâtirent la ville de Tyr.

(2) Lorsque Saûl retourae de la maison de Samuel ch^z son père, il est dit qu'il doit trouver sur sa route un corps-de-garde piiiiistin , et la ligne de cette route est tout-à-falt dans rintérieur du paysi

DE SAMUEL. iiS

Tout cela était vrai et sage : Saûl passa outre ; il était plein de confiance dans l'ardeur du peuple ; il put répondre aussi que Dieu bienveillant y pourvoirait comme au temps de Gédéon et de Jephté. —Il choisit trois mille hommes pour rester sur pied avec lui, il renvoie le reste : sur cette élite ^ il donne mille hommes à son fils Jonathas, bientôt ce jeune homme attaque un poste de Philistins qui crient aux armes , et se rassemblent ; Saûl les voyant nombreux appelle tous les Hébreux. Selon Thistorien, les Philistins dé ploient trente mille chars de guerre, six mille cavaliers et une multitude de piétons pareille au sable de la mer ; nous demandons qui a compté ces chars et ces cavaliers ; en outre il y a ici une invraisemblance choquante, car tout le territoire des Philistins n'était pas de plus de cent lieues carrées, qui ne comportent pas plus de deux cent mille têtes d'habitants: l'on nous supposerait ici plus de cent mille guerriers ; c'est une chose tout-à-fait remarquable que les nombres soient généralement enflés dans les livres juifs àua degré hors de croyance et presque toujours en nombres ronds par décimales*

La peur saisit tes Hébreux ; ces paysans (à la mode des Druzes) se dispersèrent et furent se cacher dans les montagnes et les cavernes : Saûl se trouva dans un très grand embarras; Il invoqua Samuel : celui- <â lui répondit d'attendre sept jours (il voulait voir comment cela tournerait); pendant ce temps le peuple continue de déserter. Saûl , croyant que le succès dépendait surtout du sacrifice propitiatoire, en ordonna les préparatifs ; et parce qu'il vit l'ennemi pcèik l'attaquer sans que Samuel fut arrivé, il se

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décida à faire lui-même le sacrifice qui était Tatlribut du prêtre. Enfin Samuel arrive : « Qu'avez-vous » fait ! » dit-il à SaûL Ce roi lui explique ses motifs. Samuel lui répond : « Vous avez agi comme uuvin- » sensé; vousn* avez point observé les ordres que vous » a donnés Dieu ; il avait établi votre règne pour » toujours; maintenant voire règne ne s'aflSrmera » point; Dieu a cherché un homme selon son cœur; ill'a établi chef sur son peuple, » et Samuel s'en alla.

Une telle conduite, un changement si brusque, n'ont pu avoir lieu sans de graves motifs ; il faut nécessairement supposer quMl s'était passé entre eux quelque dissentiment, quelque contestation grave du genre que j'ai indiqué , et cependant cela ne suffirait pas encore pour expliquer un parti si décidé, pour justifier tant d'orgueil et tant d'insolence. J'aperçois un autre motif: la suite des actions publiques et privées de Saûl mettra en évidence qu'il fut attaqué d'une maladie nerveuse, dont les symptômes sont ceux de l'épilepsie : ne serait-ce pas que ce genre de maladie si fâcheux en lui-môme , étant ordinairement tenu caché , Samuel n'en eut point connaissance quand il choisit Saûl , mais que l'ayant ensuite connu, il se sentit pris en défaut devant l'opinion publique , devant ses propres ennemis, et qu'alors il chercha l'occasion et le moyen de se dédire pour se redresser? Il n'en est pas moins vrai qu'ici sa conduite est méchante et blâmable en ce qu'elle détruit la confiance du peuple en son chef et l'encourage à le déserter pour ouvrir le pays à l'ennemi.

Ce prêtre a cru toute victoire impossible , et en immolant son protégé vaincu il a voulu se mena-

WE SAMUEL. il7

gerdes capitulations personnelles avec ses ennemis intérieurs et étrangers.

Le sort trompa ses calculs : « Saûl resté seul avec » six cents hommes déterminés comme lui ne perd » point courage ; il prend poste devant le camp en- » nemi en prohibant toute attaque. Quelques jours » se passent : son fils Jonathas se dérobe à son insu » (probablement de nuit) suin d'un seul écuyer (1); » il se présente à un poste philistin, situé sur un » roc escarpé ; il est pris pour un transfuge hébreu » tel qu'il en était arrivé un grand nombre depuis » deux jours; il grimpe avec son écuyer; ils sont » accueillis, et à l'instant tous deux frappent avec » tant d'audace et de bonheur qu'ils étendent » morts vingt guerriers sur un demi-arpent de terre: » la confusion et la peur se répandent dans le camp, » les Philistins se croient trahis , soit les uns par les » autres , soit par les transfuges hébreux : on se bat » d'homme à homme ; Saûl averti par le bruit ac- » court avec son monde , la déroute devient com- » plô[e : emporté par son bouillant courage, ce roi » proclame l'imprudente défense de rien manger » avant d'avoir fini le jour à tuer et à poursuivre. » Son fils, qui l'ignore , rafraîchit sa soif d'un peu » de miel ; le père veut l'immoler à son serment » (comme Jephté), mais le peuple s'y oppose et » sauve Jonathas. »

Voilà une seconde victoire du nouveau roi; mais celle-ci arrivée contre toute attente dut déconcerter Samuel; aussi ne le voit on point se montrer sur

(1) Mot impropre : on ne fait jamais ici mention de cavaliers, tont est piéton.

iiB HISTOIRE

la scène; les Philistins vaincus rentrèrent chez eux. 11 parait qu'une trêve fut admise , puisque l'historien ne parle plus de guerre de ce côté; il spécifie au contraire que Saûl tourna ses armes contre d'autres peuples : qu'il attaqua, l'un après l'autre , les Moabites, les Ammonites , les Iduméens, les rois syriens de Sobah (au Nord et par delà Damas), et que ce ne fut qu'ensuite qu'il revint contre les Philistins et les Amalekites : > partout il fut heureux et vainqueur. »

On sent que ces diverses guerres prirent plusieurs années , et pour le moins chacune d'elles une campagne : aussi , le narrateur semble-t-il terminer là son histoire en dénombrant et nommant les femmes qu'épousa Saûl, les enfants qu'il eut de chacune d'elles , les hommes qu'il établit commandants de sa garde et généraux de ses troupes.

A la manière dont est terminé ce chapitre, un lecteur, habitué au style de ces livres , croirait que rhistoire de Saûl est réellement finie , car leur for^ mule ordinaire pour clore l'histoire des autres rois est également de recenser leurs femmes, leurs enfants et les personnages marquants de leur règne ; et cependant le chapitre 15 qui est le suivant semble commencer une autre portion du règne de Saûl contenant spécialement les détails de la consécration et substitution de David à dater d'une scène de rupture finale qui eut lieu entre le roi et Samuel.

Ne serait-ce pas que le rédacteur final, présumé Esdras, en compilant les mémoires originaux écrits par Samuel j Nathan et Gad selon le témoignage des Paralipomènes, chapitre 29 , aurait cousu leurs récits l'un à l'autre sans beaucoup de soins, comme

DE SAIfUEL. iW

ont ftlt, en général, les anciens? Nous verrons la pi^euTe de cette idée se reproduire dans la préa&ita- Um de David à Soûl.

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